Origine et gestion de la sécheresse

Le Vendredi 5 août 2022

Les périodes de sécheresse peuvent résulter d’un manque de pluie, mais aussi d’une utilisation trop intensive ou inadaptée de l’eau disponible. Quand la sécheresse survient, des restrictions d’usage de l’eau peuvent être décidées par les préfets de département. Chacun, par ses gestes quotidiens ou ses pratiques professionnelles, peut contribuer à préserver les ressources en eau potable.

Origines de la sécheresse

Les eaux utilisés en France proviennent en grande majorité (82 %, soit environ 26 milliards de m3) des fleuves, des rivières et des lacs – ce sont les « eaux de surface » –, généralement plus faciles et moins chères à prélever. Pour produire de l’eau potable, on utilise principalement (près de 63 %) des eaux souterraines, moins polluées. Cependant, dans les zones urbaines, où la quantité nécessaire à chaque instant est très élevée, on prélève plutôt de l’eau de surface que les grandes collectivités ont les moyens de traiter efficacement. L’eau potable est prélevée à partir de près de 35 000 points de captage. Les captages d’eau destinée à la fabrication d’eau potable sont protégés, pour éviter toute pollution accidentelle.

Les différents types de sécheresse

On distingue trois grands types de sécheresses :

  • La sécheresse météorologique provoquée par un manque de pluie ;
  • La sécheresse agricole causée par un manque d’eau dans les sols et qui nuit au développement de la végétation ;
  • La sécheresse hydrologique lorsque les lacs, rivières, cours d’eau ou nappes souterraines ont des niveaux anormalement bas.

Les niveaux d’eau disponibles

Les niveaux d’eau sont mesurés en permanence dans des stations de mesure automatisées qui alimentent les bases de données spécialisées.

Tous les mois, un « bulletin de situation hydrologique » est publié dans chaque région ou bassin par les directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL).

Tous les ans, un « bulletin de situation hydrologique » national est publié par la direction de l’eau et de la biodiversité du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.

Le bulletin national de situation hydrologique

Il est constitué d’un ensemble de cartes et de leurs commentaires qui présentent l’évolution mensuelle des ressources en eau. Il décrit la situation quantitative des milieux aquatiques et fournit une information synthétique sur les arrêtés préfectoraux pris pour limiter les usages de l’eau durant la période d’étiage.

Le manque de pluie

En France métropolitaine, les précipitations apportent en moyenne 512 milliards de m3 d’eau par an, dont les deux tiers s’évaporent : les 200 milliards de m3 restant alimentent les eaux de surface et souterraines. Le débit des rivières de France est resté stable au cours des dernières décennies. La quantité d’eau des eaux souterraines peut varier en fonction du niveau de prélèvement et du taux de renouvellement de ces eaux.

La sécheresse peut résulter d’un manque de pluie. Elle survient lorsque la quantité de pluie est nettement inférieure aux normales saisonnières et cela, sur une assez longue période. Lorsque le manque de pluie survient en hiver ou au printemps, il empêche le bon remplissage des nappes phréatiques (« réserves » d’eau) qui s’effectue d’habitude à cette période de l’année.

Au-delà du mois d’avril, l’eau de pluie est essentiellement absorbée par les plantes, en pleine croissance, ou s’évapore à cause de la chaleur. La sécheresse peut être accentuée par des températures élevées, notamment en été, qui provoquent un assèchement des sols et l’évaporation plus importante de l’eau disponible.

Le manque d’eau peut donc apparaître à tout moment dans l’année.

Globalement, au plan national, les ressources en eau sont suffisantes. Des situations de manque d’eau peuvent cependant survenir à certaines périodes de l’année, et dans certaines zones géographiques en raison de prélèvements en eau supérieurs à la ressource disponible.

Des prélèvements en eau excessifs

Les prélèvements en eau douce en France représentent environ 33,5 milliards de m3 par an, soit 15% de la pluie efficace (moyenne 2008-2018) .

L’industrie rejette une grande partie de l’eau qu’elle prélève. Ses prélèvements représentent près de 59 % de l’eau prélevée mais elle compte pour 34 % des consommations uniquement.

A l’inverse, l’agriculture consomme presque toute l’eau qu’elle prélève. Elle représente 45 % des consommations pour seulement un peu plus de 9 % des prélèvements, soit environ 2,3 milliards de m3 consommés pour 2,9 milliards de m3 prélevés. Les impacts sont importants, car ils sont concentrés sur une seule période de l’année – les 3 mois d’été – , où l’agriculture peut représenter jusqu’à 80 % de l’eau consommée et certaines zones géographiques où les ressources sont les moins importantes.

La production d'eau potable représente 21 % des consommations, soit environ 1,1 milliard de m3 par an. Ce chiffre est globalement stable, l’augmentation de la population étant compensée par une diminution de la consommation de chacun.

Sécheresse et changement climatique

Avec le changement climatique, les sécheresses seront de plus en plus récurrentes. A cause de la hausse des températures, l’évaporation augmentera, renforçant l’intensité et la durée des sécheresses. Les effets sont déjà visibles, notamment en méditerranée.

Les économies d’eau

L’eau, prélevée dans les eaux souterraines qui se renouvellent, pour certaines, lentement, est rejetée dans les eaux de surface qui s’écoulent vers la mer. La quantité d’eau qui rejoint les eaux de surface varie fortement en fonction des usages. Selon l’usage et la nature des ressources, le cycle de l’eau ne permet donc pas toujours à lui seul de préserver l’équilibre de la ressource. De plus, si le niveau des nappes souterraines baisse trop à un endroit, l’équilibre hydrogéologique peut se trouver modifié. A proximité de la mer, comme en Gironde, il y a par exemple un risque d’infiltration d’eau de mer (« intrusion saline ») dans les nappes souterraines.

Sécheresse et agriculture

Entre juin et août, 80% de l’eau est consommée par l’agriculture. Limiter l’irrigation à « la bonne dose au bon moment » permet par endroit de diminuer la consommation de 30%. Les économies d’eau dans ce secteur sont globalement encouragées : amélioration du matériel d’irrigation, changement de pratiques, choix de cultures moins consommatrices d’eau. Les légumineuses, racines et tubercules consomment beaucoup moins d’eau que le maïs qui demande une grande quantité d’eau à une période de l’année où la ressource est la moins abondante...

Réduire sa consommation d’eau

Les particuliers sont eux aussi invités à faire des économies d’eau et à réduire leur consommation : en prenant des douches à la place des bains, en installant des chasses d’eau double flux et des réducteurs de pression sur les robinets ou en réutilisant l’eau de pluie.

Des mesures d’économie d’eau sont également préconisées auprès des industriels : amélioration des modes opératoires pour les rendre plus économes en eau, utilisation de l’eau en circuit fermé, recyclage des eaux de nettoyage.

Un kit de communication pour retrouver les bons réflexes

Dans le kit de communication "Sécheresse : ayons les bons réflexes pour économiser l'eau", retrouvez :

  • Une vidéo sur l'origine et les conséquences d'une sécheresse
  • Un article sur les bons réflexes pour économiser l'eau
  • L'infographie sur les bons réflexes
  • Les vignettes pour les réseaux sociaux en format carré et en format 16/9 vertical (story)
  • L'affiche en format A4

Les mesures prises pour éviter la sécheresse

Les mesures de restriction d’eau des préfets

Les seuils entraînant des mesures de restriction d’eau sont définis au niveau local par les préfets. Ce qui facilite la réaction en situation de crise, et permet la transparence et la concertation entre les différents usagers d’un même bassin.

Les arrêtés sécheresse ne peuvent être prescrits que pour une durée limitée, sur un périmètre déterminé. Ils doivent assurer l’exercice des usages prioritaires, plus particulièrement la santé, la sécurité civile, l’approvisionnement en eau potable et la préservation des écosystèmes aquatiques. Ceci tout en respectant l’égalité entre usagers des différents départements et la nécessaire solidarité amont - aval des bassins versants.

PROPLUVIA : le site dédié aux arrêtés de restriction d’eau

Pour faire face à une insuffisance de la ressource en eau en période d’étiage, les préfets sont amenés à prendre des mesures exceptionnelles de limitation ou de suspension des usages de l’eau en application de l’article L.211-3 II-1° du code de l’environnement.

Propluvia présente les mesures de suspension ou de limitation prises par les préfets à partir des données fournies à titre indicatif par les services départementaux de l’État. Lorsqu’un arrêté de restriction est général et collectif, celui-ci doit être affiché en mairie de chaque commune concernée et fait l’objet d’une publication dans les journaux régionaux ou locaux.

Les seuils et leurs conséquences pour les acteurs

Quatre niveaux de limitation ont été définis : vigilance, alerte, alerte renforcée, crise.
Les mesures de limitation des prélèvements sont progressives et adaptées aux différents usagers :

  • Usages domestiques : sensibilisation, puis limitation de plus en plus forte des prélèvements pour l’arrosage des pelouses, des espaces verts, le lavage des voitures, le remplissage des piscines jusqu’à l’interdiction totale de ce type d’utilisation (hors usage eau potable).
  • Agriculture (80% des consommations d'eau sur la période estivale) : interdiction d’irriguer 1 jour par semaine, plusieurs jours par semaine ou à certaines heures jusqu’à l’interdiction totale de l’irrigation.
  • Industrie : des mesures spécifiques ont été prises sur les unités les plus consommatrices : mesures imposant une réduction progressive d’activité, le recyclage de certaines eaux de nettoyage, la modification de certains modes opératoires.

La Commission de suivi hydrologique

Lieu d’échange et d’information sur la situation hydrologique au niveau national, la commission de suivi hydrologique s’intéresse aux conséquences sur les différents usages de l’eau et sur les milieux naturels d’épisodes de sécheresse. Elle recueille les avis et propositions des différents acteurs concernés sur les mesures préventives ou compensatrices et permet une meilleure coordination et cohérence des actions dans les différents départements.
Elle est composée de :

  • sept représentants de l’Etat : voies navigables, industrie, agriculture, tourisme, collectivités territoriales, santé, environnement ;
  • quatre représentants des collectivités territoriales : un membre du comité de bassin Loire Bretagne, un membre du comité de bassin Rhône-Méditerranée, l’association des Maires de France (AMF) et l’association nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) ;
  • douze représentants des usagers : fédération professionnelle des entreprises de l’eau (FP2E), assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI), EDF, fédération nationale de la propriété privée rurale (FNPPR), assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), France nature environnement (FNE), centre national de prévention et de protection (CNPP), fédération nationale de pêche en France (FNPF), association nationale des industries agroalimentaires (ANIA), UFC Que Choisir, union nationale des associations familiales (UNAF), représentant de la conchyliculture ;
  • des experts : office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA), bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), Météo-France, voies navigables de France (VNF), agence de sûreté nucléaire (ASN).

L’indemnisation des agriculteurs en cas de restrictions

Lorsqu’une sécheresse entraîne une « calamité agricole », les agriculteurs peuvent être indemnisés par un fonds spécial : le Fonds national de garantie des calamités agricoles (FNGCA), alimenté par l’Etat et les agriculteurs (contribution additionnelle aux primes d’assurance de leurs contrats d’assurance).

Après reconnaissance d’une calamité agricole par le ministre en charge de l’agriculture, le fonds indemnise les exploitations sinistrées. Ces indemnités couvrent en moyenne 30% des dommages.

Les restrictions en vigueur selon le niveau de gravité de la sécheresse

Pour faire face à un manque d’eau, les préfets peuvent être amenés à prendre des mesures exceptionnelles de limitation ou de suspension des usages de l'eau.

Il existe 4 niveaux de limitation, selon la sévérité de l’épisode de sécheresse : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise.

 

Niveau 1 : la vigilance

Le niveau vigilance sert à informer et inciter les particuliers et les professionnels : pas de restriction en vigueur mais une sensibilisation des particuliers, des entreprises, des collectivités et des agriculteurs sur les économies d’eau.

 

Niveau 2 : l’alerte

Les niveaux d’alerte et d’alerte renforcée exigent de réduire tous les prélèvements et interdisent les activités impactant les milieux aquatiques. Jusqu’à 50 % d’économie d’eau peuvent être exigés.

Quelques-unes des restrictions :

Arrosage des pelouse et massifs fleuris : interdit entre 11h et 18h

Arrosage des jardins potagers : interdit entre 11h et 18h

Arrosage des espaces verts : interdit, sauf plantations de moins d’un an

Remplissage et vidange de piscines privées (plus d’1m3) : interdit, sauf remise à niveau et premier remplissage

Lavage de voiture : interdit pour les particuliers, soumis à conditions pour les professionnels (utilisation d’un matériel haute pression ou d’un système de recyclage de l’eau)

Nettoyage des façades, toitures, trottoirs et autres surfaces imperméabilisées : interdit sauf si réalisé par une collectivité ou une entreprise de nettoyage professionnel

Irrigation par aspersion des cultures : interdit entre 11h et 18h

Irrigation des cultures par système d’irrigation localisée (goutte à goutte par exemple) : autorisé

 

Niveau 3 : l’alerte renforcée

Les niveaux d’alerte et d’alerte renforcée exigent de réduire tous les prélèvements et interdisent les activités impactant les milieux aquatiques. Jusqu’à 50 % d’économie d’eau peuvent être exigés.

Quelques-unes des restrictions :

Arrosage des pelouse et massifs fleuris : interdit

Arrosage des jardins potagers : interdit entre 9h et 20h

Arrosage des espaces verts : interdit, sauf plantations de moins d’un an

Remplissage et vidange de piscines privées (plus d’1 m3) : interdit, sauf remise à niveau et premier remplissage

Piscines ouvertes au public : vidange soumise à autorisation auprès de l’ARS

Lavage de voiture : interdit pour les particuliers, soumis à conditions pour les professionnels (utilisation d’un matériel haute pression ou d’un système de recyclage de l’eau)

Nettoyage des façades, toitures, trottoirs et autres surfaces imperméabilisées : interdit sauf si réalisé par une collectivité ou une entreprise de nettoyage professionnel

Irrigation par aspersion des cultures : interdit entre 9h et 20h

Irrigation des cultures par système d’irrigation localisée (goutte à goutte par exemple) : autorisé

 

Niveau 4 : la crise

Le niveau de crise déclenche des interdictions pour préserver les usages prioritaires : santé, sécurité civile, eau potable, salubrité.

Quelques-unes des restrictions :

Arrosage des pelouse et massifs fleuris : interdit

Arrosage des jardins potagers : interdit entre 9h et 20h

Arrosage des espaces verts : interdit

Remplissage et vidange de piscines privées (de plus d’1 m3) : interdit

Piscines ouvertes au public : renouvellement, remplissage et vidange soumis à autorisation auprès de l’ARS

Lavage de voiture : interdit pour les particuliers et pour les professionnels (sauf impératif sanitaire)

Nettoyage des façades, toitures, trottoirs et autres surfaces imperméabilisées : interdit sauf impératif sanitaire ou sécuritaire, et réalisé par une collectivité ou une entreprise de nettoyage professionnel

Irrigation par aspersion des cultures : interdit

Irrigation des cultures par système d’irrigation localisée (goutte à goutte par exemple) : interdit

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