Protection des récifs coralliens dans les outre-mer français

Le Mardi 3 novembre 2020
Source de revenus et de nourriture, protection des côtes contre la houle et les tempêtes, source de substances actives utiles dans les biotechnologies… Lorsqu'ils sont en bonne santé, les récifs coralliens fournissent de nombreux services et contribuent au développement économique local. La France agit aux niveaux national et international pour protéger ces écosystèmes menacés par les activités humaines et le changement climatique.

Des écosystèmes marins d'une grande valeur

Les récifs coralliens, au même titre que les mangroves et les herbiers (écosystèmes associés aux récifs), font l’objet de nombreux usages, tant à travers les pêches récifales, que les activités récréatives et touristiques. Un tiers des espèces marines connues vit dans les récifs, soit près de 100 000 espèces. Derrière cette diversité se cache également un réservoir de produits naturels susceptibles de constituer les médicaments de demain.

Les écosystèmes coralliens nous rendent de nombreux services. En atténuant la houle, les barrières récifales permettent de limiter l’érosion du littoral et les risques liés aux tempêtes. L'érosion des récifs est aussi à l'origine du sable qui constitue certaines plages. Ils délimitent également des zones de lagon, utiles par exemple pour l’activité de perliculture en Polynésie française. Les espaces abrités permettent la pratique d’activités touristiques, comme c’est le cas sur l’île de La Réunion, à Mayotte ou dans les Antilles.

Entre 2011 et 2015, l’Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) a évalué la valeur économique des services rendus par les récifs coralliens et écosystèmes associés de 9 collectivités d’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, La Réunion, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Wallis et Futuna). Ces écosystèmes génèrent une valeur économique estimée à 1,3 milliard d’euros, dont plus de 500 millions d’euros sont directement comptabilisés dans les statistiques économiques. Les principaux services identifiés sont la protection côtière (près de  600 M€/an), le tourisme bleu (315 M€/an), la pêche récifale (commerciale et d’autoconsommation pour  215 M€/an) et la séquestration du carbone par les mangroves et herbiers (175 M€/an). Au total en France, environ 12 000 sociétés, 50 000 emplois et plus de 175 000 ménages dépendent à différents degrés des services écosystémiques des récifs coralliens et des écosystèmes associés.

Les récifs coralliens menacés

Milieux complexes, les récifs coralliens sont d’une extrême fragilité et les dégradations à l’échelle mondiale sont particulièrement inquiétantes. Aux actions humaines directes – surpêche, surexploitation des ressources, remblaiement, défrichements et terrassements, pollutions diverses et absence de traitement des déchets, commerces des poissons et des produits récifaux, tourisme – s’ajoutent les effets du changement climatique et de l'acidification des océans.

58 000

58 000 km², c'est la superficie des récifs coralliens français et leurs lagons, soit près de 10 % des récifs mondiaux, derrière l'Australie, l'Indonésie et les Philippines.

Au niveau mondial, on estime que 20 % des récifs et des écosystèmes associés ont été irrémédiablement détruits au cours des dernières décennies, en raison de pressions anthropiques et naturelles. Parmi les 80 % restants, seuls 30 % seraient dans un état satisfaisant.

À l’échelle nationale, on observe une diminution du recouvrement corallien sur 29 % des stations suivies. Cependant, cette évaluation ne tient pas compte des derniers évènements climatiques extrêmes (cyclone Irma en 2017 dans les Antilles, blanchissement des coraux indo-pacifiques en 2016-2017), ce qui laisse à penser que la tendance réelle est encore plus préoccupante. En réalité, comme au niveau mondial, la perte de biodiversité est constatée par les scientifiques et les gestionnaires depuis environ quatre décennies, avec des situations variables suivant les zones géographiques : globalement les récifs du Pacifique sud sont en bon état comparativement à ceux de l’océan Indien et des Antilles françaises.

Des actions en faveur de la protection des récifs coralliens

Au niveau national

Face à ces menaces et pour améliorer l’état de conservation des écosystèmes coralliens français, l’Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) s’emploie à organiser la gestion durable de ces écosystèmes sensibles. Elle favorise leur prise en compte dans les stratégies nationales et locales, crée les conditions d’une pêche durable, lutte contre la pollution des eaux marines et la sédimentation et promeut un tourisme soutenable.

Le Plan d’actions pour la protection des récifs coralliens des outre-mer français

Le plan d’actions pour la protection des récifs coralliens français structure l’action publique pour répondre aux objectifs nationaux de protection de ces écosystèmes. Élaboré dans le respect des compétences de chacun, il s’appuie sur l’Ifrecor pour obtenir l’engagement des collectivités ultra-marines à compétence propre en environnement.

Contexte et enjeux

Responsable de 10 % des récifs coralliens du monde, la France s’est dotée d’objectifs ambitieux pour la protection de ces écosystèmes vulnérables et précieux :

  • l’article 113 de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages fixe l’objectif de protéger 75 % des récifs coralliens ultramarins d’ici à 2021 ;
  • l’action 37 du Plan biodiversité étend cet objectif à l’ensemble des récifs coralliens français d’ici à 2025.

Pour atteindre ces objectifs, le Plan d’actions pour la protection des récifs coralliens des outre-mer français structure l’action publique menée en faveur de ces écosystèmes. Il vise à encadrer et diminuer les pressions anthropiques locales qui s’exercent sur les récifs coralliens afin de favoriser leurs capacités de résilience. Le plan ne traite pas directement du changement climatique et sa réussite est liée à l’atteinte des objectifs internationaux fixés par la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, ainsi qu’à la bonne mise en œuvre des politiques d’adaptation.

Il s’articule autour de six axes structurants.

  • Renforcer le cadre de la protection en mer

En 2019, 67 % des récifs coralliens des outre-mer français étaient inclus dans le périmètre d’une aire marine protégée et à ce titre susceptibles de faire l’objet de mesures de protection. Cet axe vise à développer la protection spatiale en mer (en cohérence avec la Stratégie nationale pour les aires protégées 2020-2030), ainsi que les outils de protection réglementaire. Il s’attache en outre à réduire les pressions issues de la navigation de plaisance, interdire les opérations de dragage en milieu corallien et identifier et protéger les espèces coralliennes les plus menacées.

  • Réduire les pressions venant du bassin versant

Les récifs coralliens sont particulièrement vulnérables aux pollutions d'origine terrestre apportées par les cours d'eau et les canalisations. Cet axe s’attache donc à identifier et réduire les sources des principaux polluant chimiques, à améliorer leur prise en compte dans les politiques publiques sectorielles de gestion des eaux, en valorisant les solutions fondées sur la nature (restauration d’écosystèmes tampons). Cela s’inscrit dans une logique de gestion intégrée de la zone côtière.

  • Éviter-réduire-compenser en milieu corallien

La séquence éviter-réduire-compenser (ERC) est solidement définie aux niveaux national et européen. Cependant, son application en milieu corallien reste imparfaite et le plan s’attache ici à accompagner les porteurs de projets et les services instructeurs dans la conduite des études d’impact des projets d’aménagements et à développer des outils opérationnels pour optimiser les mesures compensatoires nécessaires. L’objectif visé est l’absence de perte nette de biodiversité.

  • Gérer les crises touchant les récifs coralliens

Il s’agit dans cet axe de répondre aux crises ponctuelles pouvant affecter les récifs coralliens. Le plan s’attache ici à développer des dispositifs de suivi des épisodes de blanchissement, de gestion des pollutions accidentelles par hydrocarbures et des crises biologiques (prolifération des étoiles de mer Acanthaster notamment). Un volet recherche portant sur les mécanismes de résilience des récifs coralliens y figure également.

  • Surveiller et mieux connaître pour ajuster l’action publique

Cet axe porte sur l’amélioration des connaissances sur les récifs coralliens pour optimiser les outils de gestion de ces écosystèmes. Il comporte des actions de suivi des récifs (notamment le bilan de l’état de santé des récifs coralliens et écosystèmes associés des outre-mer français réalisé par l’Ifrecor tous les 5 ans), la consolidation des observations des impacts du changement climatique, ainsi que le développement de référentiels taxonomiques et cartographiques.

  • Communiquer et sensibiliser pour renforcer la prise en compte des récifs coralliens par les différents acteurs

Ce dernier axe vise à renforcer l’engagement de tous les acteurs, pour une meilleure prise en compte et protection des récifs coralliens. Cela passe par la sensibilisation de la jeunesse, des élus locaux, du secteur privé, ainsi que du grand public. Outre la valorisation de documents ciblant ces différents publics, l’organisation d’évènements dédiés est prévue.

Gouvernance

La mise en œuvre du Plan d’actions pour la protection des récifs coralliens des outre-mer français est pilotée par le ministère de la Transition écologique et le ministère des Outre-mer, alors que la concertation avec les autres services ministériels est assurée par le Secrétariat général de la mer. Y sont associés l’Office français de la biodiversité (OFB), ainsi que les services en charge de l’environnement dans les territoires ultramarins.

Élaboré dans le respect des compétences de chacun, le plan ne s’applique pas dans les collectivités à compétence propre en environnement de Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Saint-Barthélemy et Wallis-et-Futuna. L’adhésion de ces territoires aux objectifs portés est cependant essentielle, c’est pourquoi le plan s’appuie sur l’Ifrecor, qui fédère tous les territoires ultramarins coralliens.

Découvrir le Plan d’actions pour la protection des récifs coralliens des outre-mer français

Au niveau international

Au niveau international, la France a assuré à trois reprises le secrétariat de l’International Coral Reef Initiative (Icri), de juin 2016 à juin 2018 pour la dernière mandature. À cette occasion, la France s’est efforcée de mieux faire connaître le rôle central joué par ces écosystèmes côtiers et d'encourager le financement de projets et d'initiatives contribuant à les protéger et à les restaurer. La France a également porté des actions fortes, comme l’adoption d’une recommandation pour interdire les microbilles de plastique dans les produits cosmétiques, la production d’un rapport sur l’impact des écrans solaires, le déploiement d’un dispositif d’amarrage qui ne nuit pas aux récifs coralliens.

Créé en 1994, l'Icri est un partenariat unique en son genre qui fédère des gouvernements, des organisations internationales (Banque mondiale, Programme des Nations unies pour l’environnement, Unesco…), des institutions scientifiques et des organisations non gouvernementales. Son objectif : préserver et gérer durablement les récifs coralliens et les écosystèmes associés (mangroves et herbiers).