Publié le 25 mars 2026
« Plus aucun endroit de la planète n’y échappe », constate Delphine Caamano, experte de la pollution plastique
Omniprésents dans l’air, l’eau, les sols et les aliments, les polluants représentent un risque pour la santé humaine, animale et environnementale. Pour y faire face, l’approche One Health (une seule santé) s’impose comme une réponse globale essentielle. Mais comment traduire cette approche en actions concrètes ? Avec l'exemple des polluants plastiques, Delphine Caamano, adjointe à la cheffe du bureau d’appui des politiques publiques de la direction générale de la prévention des risques (DGPR), nous explique les stratégies du ministère pour contrer les effets de la pollution sur la santé.
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Comment le plastique menace-t-il la santé humaine, animale et environnementale ?
La production de plastique a doublé au cours des 20 dernières années. Elle pourrait tripler d’ici 2060 pour dépasser 1,2 milliard de tonnes par an.
Confrontés aux rayons ultraviolets, à l’eau et à l’oxygène, les plastiques s’érodent et se fragmentent en micro et nanoplastiques, si bien que la pollution plastique survient à chaque étape du cycle de vie des plastiques : lors de leur production, de leur utilisation et de leur dégradation.
En 2022, des scientifiques internationaux, via la Déclaration de Lanzarote, affirment que l'exposition humaine à ces particules, ainsi qu’aux additifs et composés chimiques associés, a clairement des impacts. Des microplastiques ont été détectés dans le placenta, le côlon, le sang, et le lait maternel, ce qui, par des mécanismes de stress oxydatif, d'inflammation et de translocation, peut entraîner des maladies métaboliques et hormonales, ainsi que des cancers.
La santé humaine n’est pas seule en jeu. On estime que les déchets plastiques représentent 85 % des déchets marins, avec un impact avéré sur la biodiversité et les écosystèmes, ainsi que sur la capacité de séquestration carbone de l’Océan. Plus aucun endroit de la planète n’échappe à cette pollution, y compris les zones les plus reculées.
Les plastiques contribuent également aux émissions mondiales de gaz à effet de serre : en 2019, ils ont généré 3,4% des émissions de gaz à effet de serre, participant ainsi à la crise climatique.
En quoi l’approche One Health est indispensable pour lutter contre la pollution plastique ?
L’approche One Health est une approche intégrée et fédératrice qui vise à équilibrer et optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Elle reconnaît que la santé des humains, la santé des animaux domestiques et sauvages, et celle des plantes et de l’environnement au sens large sont étroitement liées et interdépendantes.
L’approche mobilise de multiples secteurs, disciplines et communautés pour travailler ensemble afin d’améliorer le bien-être et de lutter contre les menaces pour la santé et les écosystèmes, tout en répondant au besoin collectif d’eau, d’énergie et d’air propres, d’aliments sains et nutritifs.
Elle prend également des mesures contre le changement climatique et contribue au développement durable.
En cherchant à la fois la protection de la santé humaine, des animaux et de l’environnement, la lutte pour mettre fin à la pollution par les plastiques s’inscrit pleinement dans l’approche One Health, qui vise à optimiser durablement ces trois santés étroitement liées.
Quelles sont les principales actions du ministère pour réduire l’impact du plastique sur la santé, et comment One Health s’y intègre-t-elle ?
Pour réduire l’impact du plastique sur les trois santés, la France agit à la source, selon trois axes :
- réduire la production et la consommation de plastiques ;
- développer une économie circulaire pour les plastiques ;
- assurer une meilleure gestion des déchets plastiques.
La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC) fixe des objectifs ambitieux de réduction, de réemploi et de recyclage des emballages plastiques.
Un nouveau règlement européen, adopté fin 2025, permet de contrôler les pertes et fuites dans l’environnement des granulés en plastique industriels.
De nouvelles filières à Responsabilité élargie du producteur (REP) sont créées : engins de pêche contenant du plastique, lingettes à usage unique, produits du tabac et emballages professionnels.
Le Plan plastique 2025-2030 renforce l’éco-conception, le réemploi, le recyclage et l’exemplarité des acteurs publics et privés.
Par ailleurs, le ministère est chargé avec le ministère de l’Europe et des affaires étrangères des négociations du traité mondial contre la pollution plastique. Dans ce cadre, la France joue un rôle moteur et soutient l’adoption d’un traité efficace qui prend en compte l’ensemble du cycle de vie du plastique, y compris la production.
Dans une logique One Health, ces actions protègent simultanément la santé humaine, les animaux et l’environnement face à une production de plastiques devenue insoutenable.
Quelles actions les citoyens et les entreprises peuvent-ils engager pour lutter contre cette pollution ?
Outre les mesures que peuvent prendre les États, la société civile et les entreprises jouent un rôle clé.
Les scientifiques et les ONG sensibilisent les citoyens et mènent des actions concrètes, comme le nettoyage des plages.
De nombreuses entreprises s’engagent aussi volontairement à travers diverses initiatives dont celles de la Fondation Ellen MacArthur pour une économie circulaire des plastiques.
Dans le cadre des négociations pour un traité mondial contre la pollution plastique, de grandes entreprises se sont associées, dans la « Business coalition for a global plastics treaty », afin de défendre un accord mondial et contraignant. Adopter un tel traité, avec des règles harmonisées, permettra de donner un signal clair à l’ensemble du secteur privé pour les orienter sur les investissements à mener et les marchés à explorer.
Le prochain Sommet One Health se tient le 7 avril prochain. Quels sont les messages portés par la France ? Des annonces concrètes sont-elles attendues ?
En lien avec la direction de l’action européenne et internationale, la DGPR, au sein de laquelle je travaille, assure la coordination et la participation du ministère au Sommet One Health.
La France y porte plusieurs actions, en lien avec les principes de l’approche One Health : renforcer la place de la science, de la recherche et de l’innovation pour améliorer concrètement la santé humaine, animale et environnementale.
Des annonces auront lieu au cours du Sommet, mais sont en cours de finalisation, elles ne peuvent donc être dévoilées à ce stade.
Je vous invite à suivre la session de haut niveau, qui sera retransmise en ligne, pour découvrir les annonces.
En savoir plus sur la pollution plastique
- Rapport Sénat : « Sur les impacts des plastiques sur la santé humaine - Compte rendu de l'audition du 17 octobre 2024 et de la présentation des conclusions du 14 novembre 2024 »
- Dossier de presse : « Vers un traité mondial pour mettre fin à la pollution plastique : reprise de la 5e session de négociations »
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