Publié le 26 juillet 2023

Mis à jour le 13 février 2024

Feux de forêt en France

  • Mieux prévenir et sensibiliser aux risques

Image d'illustration
Christophe Cazeau / Terra

Décryptage des feux de forêt en France, des actions menées pour y faire face et des mesures pour sensibiliser les citoyens.

Prévention des feux de forêt

Feux de forêt et de végétation

Le risque feux de forêt

On parle d'incendie de forêt lorsque le feu couvre une surface minimale de 0,5 hectare d'un seul tenant et qu'une partie au moins des étages arbustifs et/ou arborés est détruite.

Le terme incendie vaut aussi pour les formations subforestières de plus petites tailles que sont le maquis, la garrigue et les landes.

Pour qu’il y ait inflammation et combustion, trois facteurs doivent être réunis :

  • Un combustible, qui peut être n’importe quel matériau pouvant brûler ;
  • Une source externe de chaleur (flamme ou étincelle) ;
  • De l’oxygène, nécessaire pour alimenter le feu.

Si aucune définition scientifique ne fait pour le moment l’unanimité, le terme de "mégafeu" est utilisé pour décrire un incendie de forêt hors norme et incontrôlable.

La principale différence entre un "feu de forêt régulier" et un "mégafeu" réside dans les caractéristiques propres des feux : échelle de la zone concernée, vitesse de propagation, intensité de propagation, dégâts exceptionnels. Les mégafeux sont beaucoup plus grands et plus difficiles à contenir en raison de leur vitesse de propagation rapide et de leur capacité à générer leur propre climat, y compris des vents violents et des orages de feu.

En France, la foudre est l’unique cause naturelle de départ de feu et ne concerne en moyenne que moins de 10 % des départs.

Cela signifie que 9 feux sur 10 sont d’origine humaine, dont 50 % sont provoqués par imprudence. De plus, il est important de noter que 80 % des feux se déclenchent à moins de 50 m des habitations.

Parmi les feux dont l'origine est connue, environ un tiers des incendies est volontaire, un autre tiers est causé par des accidents (voiture en feu le long d’une route, etc.), et le dernier tiers provient de négligences (jet de mégot, barbecue, travaux générant des étincelles, etc.).

Les feux ne sont donc pas une fatalité, nous pouvons les éviter en adoptant les bons réflexes.

Chacun peut ainsi contribuer à sa sécurité et à la sécurité collective.

Pour contribuer à la prévention des incendies de forêt, voici quelques bons gestes à adopter :

  • Feux et barbecues : J'organise les barbecues chez moi, sur une terrasse et loin de la végétation qui peut s'enflammer.
  • Cigarettes et mégots : Je jette mes mégots dans un cendrier. Je ne fume pas en forêt. C’est désormais une interdiction fixée par la loi visant à renforcer la prévention et la lutte contre l'intensification et l'extension du risque incendie, qui a été promulguée le 10 juillet dernier
  • Travaux, bricolage : Je réalise mes travaux loin de la pelouse et des herbes sèches. Je prévois un extincteur à portée de main en cas de départ de feu.
  • Stockage des combustibles : Je stocke les matériaux et produits inflammables (bois, bouteilles de gaz) dans un abri fermé, éloigné de mon habitation.

Il est également indispensable de se renseigner : il peut y avoir des consignes et interdictions émises par les autorités locales ou les gestionnaires des espaces naturels.

Enfin, si vous êtes témoin d’un début d’incendie, contactez immédiatement les services d'urgence en appelant en appelant le 112, le 18 ou le 114 (personnes malentendantes). Restez à l'abri dans une habitation débroussaillée en attendant l'intervention des secours. La voiture n'est pas un abri sûr car elle pourrait brûler. Restez informé de la situation et conformez-vous aux consignes des secours ou de la mairie.

La prévention des incendies de forêt nous concerne tous. Nous pouvons tous contribuer à réduire les risques d'incendie et à protéger nos forêts et nos cadres de vie en suivant ces bonnes pratiques et en restant vigilants. Alors ayons les bons réflexes !

Si le climat n’est pas une cause directe d’incendie, il influe sur les conditions de déclenchement et de propagation des incendies.

En asséchant la végétation, le changement climatique entraîne une augmentation du danger météorologique de feux de forêts.

Les chercheurs de Météo-France ont étudié l’évolution de cet aléa au cours du siècle passé et pour les prochaines décennies : il augmente depuis les années 1960 et devrait encore augmenter au cours du XXIe siècle. Les simulations réalisées par Météo-France en 2022 montrent une augmentation constante de la fréquence des jours présentant un danger météorologique de feux de forêts.

Sous l’influence principale de l’augmentation de la température, qui aggrave la sécheresse de la végétation, ces dernières études montrent une extension des territoires exposés au risque de feux et un allongement de la saison des feux (démarrage plus précoce et fin de campagne plus tardive à l’automne).

Historiquement, la moitié sud du pays est la plus touchée par les feux de forêt et de végétation.

Toutefois, le changement climatique accroît le risque dans de nouvelles zones comme le nord-ouest de la France (Pays de la Loire, Centre-Val de Loire et Bretagne).

Aujourd’hui, tout le territoire national est concerné par le risque de feux. Près de 90 départements ont été concernés par un évènement significatif en 2022. La part de la surface brûlée en zone méditerranéenne était même inférieure à celle brûlée dans le sud-ouest de la France. Les feux dans les régions historiquement épargnées sont de plus en plus fréquents et gagnent en intensité.

Le bilan européen (supérieur à 780 000 hectares) et la comparaison avec les pays voisins permettent de confirmer l’extraordinaire intensité des feux en 2022. Ainsi, en Espagne, près de 10 000 feux ont détruit 265 000 hectares tandis qu’au Portugal, 10 000 incendies ont détruit plus de 110 000 hectares.

Les feux de forêts peuvent émettre, lorsqu’ils sont importants et étendus des quantités importantes de particules fines vers l’atmosphère et les panaches qui en résultent peuvent être transportés sur de grandes distances. 

Les panaches de fumée des feux de forêts sont constitués d’un ensemble d’espèces chimiques qui peuvent altérer la qualité de l’air. On y trouve des quantités importantes de particules fines, notamment de la matière organique et du carbone suie. Mais les feux émettent aussi des espèces gazeuses, telles que le monoxyde de carbone ou des composés organiques volatils. Enfin, les forêts étant plus efficaces que d’autres écosystèmes dans la captation de polluants atmosphériques (dont métaux lourds, radionucléides, ...) issus de l’activité anthropique, ces polluants peuvent être relâchés dans l’atmosphère à l’occasion de feux de forêts. La composition des fumées peut varier en fonction des essences présentes dans la forêt.

Le danger varie selon le niveau et la durée d’exposition.

Les actions du Gouvernement

Au total, en 2022, la surface brûlée en France (forêts, cultures et espaces naturels) représente 72 000 hectares, dont 10 000 hectares de végétation, occasionnée par 19 711 incendies.

L’État mène une politique de prévention active qui articule gestion adaptée de la forêt, mais aussi de l’espace entre la forêt et les habitations, information du public et des usagers de la forêt, ainsi que surveillance et lutte contre les feux de forêt.

Cette politique publique de prévention et de lutte repose sur un ensemble d’acteurs associant les services de l’Etat, notamment les préfets, les maires, les services de lutte, dont il faut saluer l’implication pour notre protection :

  • L’Etat informe sur le risque d’incendie de forêt et de végétation;
  • Les maires tiennent compte de cette connaissance du risque pour l’aménagement et l’urbanisme, en limitant les constructions dans les zones où le danger pour les personnes et les biens est élevé (principalement aux interfaces entre la ville et la nature) ; 
  • Sous l’autorité des préfets, la sécurité civile et les pompiers gèrent les crises, avec une stratégie visant à intervenir dans les 10 minutes qui suivent l’éclosion d’un feu ;
  • Avant le début de l’été, il est aussi essentiel de débroussailler autour de chez soi, c’est la première protection contre les feux de forêts. Pour en savoir plus sur les obligations légales de débroussaillement, une FAQ est mise à disposition des maires.

Cette stratégie nationale est donc un continuum d’actions au service de la sécurité collective.

En octobre 2022, le Président de la République avait annoncé la création d’une météo des forêts destinée à mieux informer les Français sur le risque de feux.

Depuis le 1er juin 2023, tous les jours à 17h, Météo France diffuse donc ce nouveau dispositif pour indiquer le niveau de danger de feux en France métropolitaine. Cette information est établie à partir des prévisions de plusieurs paramètres météorologiques qui influencent fortement le départ et la propagation des feux : pluie, humidité de l’air, température, force du vent et état de sécheresse de la végétation.

La météo des forêts n’informe pas sur les incendies en cours ou à venir, c’est un outil d’information et de prévention destiné au public. Son objectif est d’indiquer les zones dans lesquelles les conditions météorologiques peuvent aggraver le risque de feux et de rappeler les bons réflexes pour éviter les départs de feux.

La météo des forêts par départements est disponible chaque jour en fin d’après-midi sur le site meteofrance.com et l’application mobile de Météo France pour les deux prochains jours, sous la forme de deux cartes (l’une pour le lendemain, l’autre pour le surlendemain). Le niveau de danger sera précisé par département avec une échelle à 4 niveaux : faible (vert), modéré (jaune), élevé (orange) et très élevé (rouge).

Après l’été 2022, marqué par de nombreux et puissants incendies, le président de la République a annoncé le renforcement de la prévention des feux de forêt et de végétation.

De mars 2023 jusqu’à mi-mai, une nouvelle campagne d’information sur les obligations légales de débroussaillement (OLD), ciblant en premier lieu les messages faisant connaître les OLD, expliquer leur intérêt et faire savoir quand et comment débroussailler, a participé à cette prévention.

Elle a été suivie par la 6e édition de la campagne annuelle de prévention des feux de forêt que le Gouvernement reconduit chaque année depuis 2018, ayant pour objectif de faire connaître les bons réflexes à adopter face au risque feu, tant pour veiller à ne pas en être la cause que pour s’en protéger.

Dans le cadre des efforts de lutte contre les incendies en 2023, le gouvernement a pris la décision de renforcer de manière exceptionnelle les moyens aériens pour la saison estivale. Cela se traduit par l'ajout de 9 avions et hélicoptères supplémentaires, portant la flotte totale à 47 appareils, comparativement aux 38 disponibles en 2022 (2 Dash supplémentaires, 3 hélicoptères bombardiers d’eau supplémentaires et 4 Air Tractor). A cela s’ajoute une augmentation des effectifs humains, avec 7 colonnes de pompiers supplémentaires en 2023 (soit 51 au total, contre 44 en 2022), ce qui représente une augmentation des effectifs d’environ 500 sapeurs-pompiers. 

En complément des mesures déjà mises en place les années précédentes, un détachement d'intervention retardant sera déployé dans la zone Sud-ouest.

Pour connaître les moyens supplémentaires mis en place pour cet été 2023, retrouvez le dossier de presse en ligne.

Face aux risques de feux de forêts, le Fonds Vert apporte également un soutien financier supplémentaire aux politiques et aux actions de prévention que mènent les collectivités territoriales. Les actions éligibles portent essentiellement sur l’amélioration de la protection des territoires situés à l’interface entre des massifs boisés ou végétalisés et des zones bâties, où naissent 80 % des feux.

Pendant la saison à risques, les préfets peuvent prendre des mesures de restrictions de façon à limiter les risques : 

  • l’accès et la circulation dans les bois, forêts, landes, garrigues peuvent être déconseillés, voire interdits, aux véhicules et aux piétons.
  • les barbecues, feux d’artifices ou tout emploi du feu peuvent être interdits.
  • les travaux agricoles et forestiers et les travaux pouvant générer des étincelles (broyeurs, débroussailleuses, tronçonneuses à moteur, soudeuses, etc.) peuvent être réglementés, voire interdits également.

Renseignez-vous auprès de votre préfecture avant d’organiser une randonnée ou de réaliser des travaux.

Ne pas respecter les consignes de prévention édictées par les autorités publiques expose à une amende de 4ᵉ classe d’un montant de 750 euros.

En cas d’incendie volontaire, comme en cas d’imprudence, si le feu entraîne la destruction ou la détérioration d'un bien ou met en danger les personnes, l’auteur encourt des sanctions comportant amendes financières, peines de prison, et dommages et intérêts.

La forêt joue un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique (séquestration du carbone, substitution à des énergies fossiles et à des matériaux plus énergivores, etc.) et dans la préservation de la biodiversité.

Pour amplifier son rôle de puits de carbone, l’État finance à partir de cette année la reconstruction des forêts sinistrées par les incendies : 150 millions d’euros sont mobilisés en 2023. Cette aide aux propriétaires forestiers, publics et privés, s’inscrit dans un dispositif plus large de soutien au renouvellement et à l’adaptation des forêts au changement climatique. Elle concrétise la volonté exprimée par le président de la République de planter 1 milliard d’arbres et de renouveler 10 % de la forêt française en dix ans.

L’objectif est d’améliorer, adapter, régénérer ou reconstituer les peuplements forestiers.

L’Ademe sera l’opérateur de ces aides au reboisement. Des critères environnementaux renforcés sont prévus pour inciter à des reboisements plus diversifiés et plus mélangés ou pour préserver les zones d’intérêt écologique. Il s’agit de reboiser avec des mélanges d’essences adaptées au climat futur et plus résilientes, en préservant les sols et la biodiversité.

Depuis 2001, la Commission européenne a mis en place le Mécanisme de protection civile de l’Union pour renforcer la coopération des pays-membres et ainsi améliorer la prévention, la préparation et la réaction aux catastrophes. Lorsqu’un pays, en Europe ou ailleurs, est dépassé dans ses capacités de réponse par l’ampleur d’une catastrophe, il peut demander une assistance via le mécanisme qui réunit l’ensemble des États-membres et 8 pays partenaires (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Islande, Monténégro, Macédoine-du-Nord, Norvège, Serbie et Turquie).

En 2022, des avions bombardiers d’eau en provenance d’Italie, de Grèce et de Suède sont intervenus en Gironde et dans le Morbihan. Sur le terrain, en appui des sapeurs-pompiers et des sapeurs-sauveteurs, 360 personnels allemands, autrichiens, polonais et roumains ont été mobilisés à Landiras (Gironde).

Depuis sa création en 2001, le Mécanisme de protection civile a répondu à plus de 600 demandes d’assistance, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union européenne.

Plus récemment, la France a également envoyé plusieurs contingents pour prêter main forte aux Canadiens qui subissent depuis quelques mois des feux d’une intensité et ampleur exceptionnels. Plus de 10 millions d’hectares ont brûlé depuis le début de l’année.