Publié le 28 novembre 2025

Climat : la France réunit les 664 experts du GIEC

Du 1er au 5 décembre 2025, à Saint-Denis, la France accueille l’ensemble des experts scientifiques (climatologues, économistes…) des trois groupes de travail du GIEC. Une première ! Marc Moroni, point focal national de l'institution, nous explique les enjeux de cette réunion.

Virgil Decourteille

Temps de lecture : 4 minutes

3 questions à Marc Moroni, point focal national du GIEC

Que se passe-t-il exactement à Saint-Denis du 1er au 5 décembre ?

Pour la première fois depuis la création du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les auteurs des trois groupes de travail sont réunis en même temps, au même endroit. L’idée est de permettre une coordination scientifique beaucoup plus étroite.
Cette réunion de Saint-Denis est essentielle. Elle lance formellement la préparation du 7ᵉ rapport d’évaluation, le principal rapport du GIEC. Pendant cinq jours, les 664 experts - tous bénévoles ! - issus de 111 pays, vont définir la structure détaillée des chapitres, les méthodes communes d’analyse de la littérature scientifique, le calendrier des travaux…
Et puis, cet événement intervient dans une année symbolique, celle des 10 ans de l’Accord de Paris, qui repose sur un principe fort : l’action climatique internationale doit s’appuyer sur la meilleure science disponible.

Les 3 groupes de travail du GIEC

  • Groupe 1 : éléments scientifiques de l’évolution du climat
  • Groupe 2 : impacts, vulnérabilité, adaptation
  • Groupe 3 : atténuation

Le rapport d’évaluation est constitué des trois volumes produits par chacun de ces groupes

À quoi servent ces rapports d’évaluation ?

Les rapports du GIEC constituent la référence scientifique mondiale sur le changement climatique. Ils synthétisent plusieurs dizaines de milliers d’études pour fournir une évaluation complète, rigoureuse et indépendante. Et ce socle de connaissances est partagé et accessible aux décideurs et acteurs de la transition.
Les rapports du GIEC jouent un rôle déterminant dans la gouvernance climatique internationale. Rappelons que les objectifs de l’Accord de Paris – notamment la limitation du réchauffement à près de 1,5 °C et la nécessité d’une cohérence des flux financiers – reposent sur ces évaluations.
Le 7ᵉ rapport sera déterminant pour établir le prochain bilan mondial, ou « Global Stocktake », en 2028. Ce mécanisme, prévu par l’Accord de Paris, permet tous les cinq ans d’évaluer les progrès et les efforts collectifs en matière de lutte contre le changement climatique.

19 chercheurs français ou affiliés à des institutions françaises
sélectionnés comme auteurs principaux pour le 7e rapport d’évaluation

AgroParisTech | CIRED | CNRM | CNRS | ENPC | Iddri | INRAE | IPSL | Laboratoire de météorologie dynamique | Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement | Mercator Ocean International | Météo-France | Université de Toulouse | HEC Paris

Quel rôle joue la France ?

Elle joue un rôle structurant au sein du GIEC, à la fois sur le plan scientifique, institutionnel et diplomatique.
La France, c’est d’abord l’un des principaux contributeurs financiers du GIEC, avec une contribution volontaire d’environ un million d’euros par an.
Elle accueille également une unité de soutien technique du groupe 1, basée à l’université Paris-Saclay, qui appuie la coordination scientifique internationale.
La France, c’est aussi une communauté scientifique dynamique : plusieurs centaines de chercheurs contribuent aux travaux du GIEC en tant qu’auteurs principaux, éditeurs-réviseurs, auteurs-contributeurs ou relecteurs experts.
Cet engagement de la France auprès du GIEC s’appuie sur une étroite coordination entre les ministères chargés de la Transition écologique, des Affaires étrangères, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Dans ce dispositif, le point focal national du GIEC, que j’assure, établit un lien permanent avec l’institution. Par exemple, il coordonne les candidatures françaises aux appels à auteurs et à experts, désigne la délégation aux sessions plénières du GIEC, prépare les positions françaises…

En résumé, disons que l’accueil de cette réunion historique des 664 auteurs, dix ans après l’Accord de Paris, illustre pleinement l’engagement de la France et réaffirme la place centrale de la science dans l’action climatique.

Éclairer l’action climatique

À retenir de la COP30 à Belém, en 2025 :

  • la décision Bilan mondial confirmant que les rapports du GIEC constituent un « critical input » pour l’évaluation des progrès et des efforts collectifs ;
  • la décision Mutirão reconnaissant explicitement le GIEC comme la source de la « best available science » pour éclairer l’action climatique ;
  • la Déclaration sur l’intégrité de l’information sur les changements climatiques, signée par la France, appelant à une mobilisation internationale coordonnée pour garantir une information sur le climat fiable et transparente.
Élaboration d’un rapport du GIEC 1/ Le GIEC approuve le sommaire 2/ Les gouvernements et les organisations soumettent les spécialistes 3/ Les bureaux choisissent leurs auteurs 4/ Les auteurs rédigent un premier projet de texte 5/ Examen par les spécialistes 6/ Les auteurs établissent un deuxième projet de texte 7/ Examen par les spécialistes et les gouvernements 8/ Les auteurs établissent la version définitive 9/ Communication du résumé à l’attention des décideurs aux gouvernements, pour examen fi

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