Publié le 18 juin 2026
Discours de Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche - Assises de la pêche et des produits de la mer - Jeudi 18 juin 2026, Cherbourg
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Seul le prononcé fait foi.
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le président du comité national des pêches, cher Olivier,
Monsieur le président du comité national de la conchyliculture, cher Philippe,
Mesdames et Messieurs les représentants des organisations professionnelles et des comités régionaux,
Monsieur le directeur général des Affaires maritimes,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis de la pêche et des produits de la mer,
Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui, ici à Cherbourg, pour ces Assises de la pêche et des produits de la mer. Ce rendez-vous est précieux : il réunit, dans un même lieu et au même moment, ceux qui font vivre cette filière au quotidien, pêcheurs, aquaculteurs, mareyeurs, transformateurs, mais aussi élus, scientifiques, organisations professionnelles, associations. Je veux d'abord vous remercier pour cette invitation, et pour l'occasion qu'elle me donne de partager avec vous à la fois ma vision pour l’avenir de la pêche française mais aussi quelques orientations ou décisions concrètes qui concernent la filière. Pour moi, c’était un moment très attendu.
Cela fait maintenant huit mois que j'exerce les fonctions de ministre de la mer et de la pêche. Huit mois pendant lesquels j'ai appris à vous connaître, et j'ose espérer que vous avez aussi, un peu, appris à me connaître. Au fil des déplacements, des rencontres sur les quais, dans les criées, dans vos exploitations, mais aussi au fil des travaux menés avec l’administration qui vous accompagne au quotidien, j'ai mieux pris la mesure des enjeux qui sont les vôtres et qui sont devenus les miens.
Chaque visite, chaque échange m'a permis de mieux comprendre les réalités de vos métiers, leurs difficultés, mais aussi leur richesse, leurs spécificités territoriales. J’ai aussi mesuré la fragilité des filières des produits de la mer exposées aux aléas des quotas comme des crises. Et surtout, j’ai vu, un peu partout, des initiatives nouvelles et une véritable envie de faire avancer la filière de la pêche et des produits de la mer. C’est une ambition que nous partageons.
Vous connaissez mon engagement de longue date pour la préservation de l'océan. Mais je veux le dire ici : cet engagement se conjugue pour moi depuis le Grenelle de la Mer, avec la conviction que notre pays a un avenir économique avec la mer, dans l’Hexagone mais bien évidemment aussi dans les Outre-mer. Je veux promouvoir l’idée que la France n’est pas uniquement le deuxième espace maritime au monde, mais doit se renforcer en tant que puissance maritime. Dans cette vision, la pêche et l'aquaculture ont toute leur place. Elles sont au cœur de ce que représente la France maritime, de son identité, de son économie, de son alimentation, je dirais même de sa culture.
Mais je crois aussi qu'il faut reconnaître la place particulière de votre secteur dans l’économie liée à la mer. Vos métiers dépendent d’un milieu vivant, de sa bonne santé ou pas, bien plus que le transport maritime, les énergies marines, ou en réalité, la plupart des autres activités économiques. Votre outil de travail, c'est l'océan lui-même : ses ressources, ses équilibres, sa santé. Seul le tourisme côtier dépend lui aussi directement de la bonne santé de l’océan.
Mais en réalité, nous dépendons tous de l’océan qui régule le climat et abrite des écosystèmes indispensables à la vie sur terre. Mais vous êtes sans doute parmi les premiers à constater les conséquences du changement climatique et les impacts des pollutions, souvent d’origine tellurique.
C’est aussi en pensant à cela que j’ai lancé il y a quelques semaines une feuille de route pour la lutte contre les pollutions plastiques en mer, et une autre pour l’amélioration de la qualité des eaux côtières, afin d’accélérer les solutions. En outre, parce que votre outil de travail est dépendant du carburant, des énergies fossiles, vous êtes, en particulier les pêcheurs, systématiquement impactés par les soubresauts voire les bouleversements géopolitiques qui font flamber les prix. Et vous empilez les crises : Brexit, Ukraine, Moyen-Orient, sans parler de la concurrence en particulier de la pêche illégale.
En arrivant dans mes fonctions de ministre de la mer et de la pêche, et au regard du contexte, je me suis donnée des priorités d’action, une vision et une méthode. Pour ce qui est de la vision, mon objectif de long terme est de
- maintenir et développer l'activité de pêche et d'aquaculture sur l'ensemble de nos territoires, en métropole comme en outre-mer ;
- et rendre la filière plus résiliente face au changement climatique et aux crises.
En termes de méthode :
- pas de dogmatisme,
- nourrir mes réflexions et mes décisions par l’écoute, l’expérimentation des territoires, l’éclairage des scientifiques, en tenant compte du cadre national que vous avez créé avec le contrat stratégique de filière, ou des cadres régionaux comme par exemple le livre blanc du COREPEM.
Concrètement, cette vision et cette méthode, se déclinent en cinq priorités pour les mois à venir :
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La première, c'est le renouvellement et la modernisation de la flotte de pêche. Nos navires vieillissent, certains d’entre eux deviennent dangereux, et avec eux, les conditions de travail et la capacité de la filière à se projeter dans l'avenir. Le renouvellement de la flotte, c'est aussi la décarbonation : des navires plus modernes sont des navires plus sobres, plus respectueux de l'environnement, et donc plus économes face au coût de l'énergie. La crise au Moyen-Orient nous l’a rappelé : la décarbonation est une urgence autant climatique qu’économique. C'est pourquoi, sans attendre la révision de la politique commune des pêches, je porte actuellement à Bruxelles, une demande de simplification et de facilitation des financements pour le renouvellement de notre flotte à travers un omnibus pêche afin :
- D’autoriser l’octroi d’aides publiques pour la rénovation des navires en service, pour l’acquisition simplifiée d’un navire pour les jeunes pêcheurs, et pour la construction d’un navire, en le conditionnant à la sortie préalable d’un autre navire,
- D’adapter la jauge, sans modifier la pression sur la ressource, afin de permettre la décarbonation des navires via une « jauge décarbonation et modernisation » sans attendre la révision de la politique commune des pêches.
Ces évolutions sont essentielles, et pour certaines urgentes. Je me félicite à cet égard des avancées obtenues cette année pour nos flottes ultramarines, qui ont des besoins de renouvellement tout aussi pressants. La France porte ces demandes auprès de la Commission et des autres Etats membres, et fait valoir les spécificités des territoires d’Outre-mer.
Mais ce travail est également national. A cet égard, et comme annoncé dans le plan d’électrification porté par le Premier ministre et le Président, nous souhaitons avancer sur le déploiement des fiches « certificats d’économies d’énergie » visant à décarboner et électrifier nos équipements. J’en appelle à votre mobilisation pour vous saisir de cette opportunité et construire avec nous, les solutions de demain.
Avec la modernisation, c'est l'attractivité des métiers de la pêche, en particulier auprès des jeunes. Je dois dire que les lycéens que j’ai rencontrés depuis huit mois m’ont semblé motivés. Le renouvellement des flottes doit s’accompagner du renouvellement des générations et dans le même temps nous devons les sensibiliser aux enjeux liés à l’évolution du milieu et développer des mesures pour accompagner leur installation. Et des idées m’ont été partagées sur le sujet.
Deuxième sujet lié à la modernisation, c’est l’amélioration de la sécurité, des navires bien sûr mais aussi des équipements individuels.
J’ai ainsi lancé un « plan sécurité », comprenant une campagne, un renforcement des contrôles, mais aussi, à la suite du dernier drame, la relance du programme VFI Andro pour concevoir un équipement plus adapté aux gestes des pêcheurs. Merci à Sébastien Le Prince et à Thomas Le Gall de m’avoir suggéré l’initiative.
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La troisième priorité, c'est le maintien de notre économie locale et le renforcement de notre souveraineté alimentaire.
Maintenir une filière française, créatrice d’emplois et de valeur pour nos territoires, cela passe par une définition plus exigeante du lien économique au territoire pour les entreprises de pêche, afin que les richesses générées par l’exploitation de nos ressources maritimes bénéficient pleinement aux communautés littorales et contribuent durablement au dynamisme de nos ports. Ce travail est au cœur du Contrat Stratégique de Filière (CSF) et je sais pouvoir compter sur la profession pour poursuivre et accélérer ce travail qu’ils ont engagé.
Cela passe aussi par une meilleure information des consommateurs. C’est en sens, que je porte, en lien avec les parlementaires, plusieurs mesures dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole actuellement en cours de discussion, visant à :
- Elargir les critères d’éligibilité des produits de la pêche et de l’aquaculture français aux objectifs de la loi Egalim ;
- Rendre obligatoire l'information du consommateur sur l'origine des produits issus de l'aquaculture utilisés dans la restauration, cela rejoint la demande que nous portons au niveau européen pour l'étiquetage obligatoire du pavillon en matière de pêche ;
- Rendre obligatoire l’indication du pays d’origine des poissons d’aquaculture, ainsi que des produits de conchyliculture utilisés dans les produits transformés.
Dans le même temps, il faut valoriser les bonnes pratiques qui visent à promouvoir les produits de la mer dans les cantines, comme cela a pu être fait en Bretagne.
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Le quatrième front, c'est la planification de l'espace maritime, et avec elle la cohabitation des métiers. La mer est un espace partagé, et le nombre d'usages qui s'y exercent ne cesse de croître. Assurer l'avenir de la pêche, c'est s'assurer que chacun puisse continuer à exercer son métier, dans un espace mieux organisé. A ce titre, la Manche-Est constitue un véritable défi. Afin que la cohabitation s’améliore, j’ai lancé une mission de concertation à l’échelle du territoire, dont les conclusions me seront remises en juillet. A ce stade, elle met en évidence une demande assez largement portée de réserver la bande côtière aux navires de moins de 25 mètres.
A l’issue de cette concertation, si le rapport final valide ces résultats, et avant de prendre une décision définitive, je lancerai une consultation auprès des Etats membres concernés, afin de les informer de notre volonté d’exclure les navires de plus de 25 mètres dans les 12 milles en Manche Est au regard des enjeux sensibles de cohabitation.
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La cinquième priorité, enfin, c'est notre capacité collective à nous adapter aux changements que nous observons, ici et maintenant, dans l'océan. Vous le constatez sur le terrain, et vos observations sont précieuses : des poissons plus petits en Méditerranée, des espèces comme le maquereau ou le thon qui migrent vers le nord. Le changement climatique accélère ces évolutions, et nous devons collectivement mieux les comprendre. Cela suppose d'écouter davantage vos observations de terrain, et de mieux les faire converger avec la donnée scientifique. Les deux ne sont pas concurrentes, elles sont complémentaires. Cela suppose aussi d’améliorer le dialogue avec les scientifiques, de poursuivre le dialogue avec les associations de protection de l'environnement, et de traiter sérieusement la question des espèces qui deviennent invasives. Et là je pense que d’un problème, il faut faire une opportunité. J’ai conscience que ça n’est pas si simple, mais il nous faut trouver des solutions de valorisation, par exemple des crabes bleus ou des Rapana Venosa [en Charente-Maritime], comme proposé par certaines entreprises.
Par ailleurs, ce qui est en train de se passer dans nos eaux doit nous amener à mettre de l’agilité dans le pilotage des quotas, notamment ceux de la réserve nationale.
Depuis deux ans, une expérimentation est menée pour répartir annuellement des quotas issus de la réserve nationale ainsi que des antériorités définitives. Il faut analyser ces expérimentations, et aller, selon les résultats de ces dernières, plus loin, afin de renforcer les critères socio-économiques et environnementaux dans la répartition des quotas comme nous y invite l’article 17 de la politique commune des pêches. C’est un travail que nous devons mener, Etat et professionnels, ensemble.
Venons-en à la situation du golfe de Gascogne, là aussi, perturbée de toute évidence par le changement climatique. D’abord, je veux vous remercier pour les efforts consentis depuis trois ans. Je sais que la fermeture, malgré l’indemnité, ça n’est pas notre objectif commun. Après trois ans, 115 navires sont équipés de caméras, et cela va nous permettre de pouvoir analyser les conditions de ces captures accidentelles. J’ai lancé une première mission d’analyse de ces trois ans mais nous n’aurons les résultats qu’à l’automne. Par ailleurs, les premières années nous ont donné un indice fort concernant les filets et leur usage, et j’ai également lancé une mission pour regarder comment on pouvait s’améliorer, et je vous ai aussi demandé de me faire des propositions en ce sens.
Mais au regard du processus administratif avec la Commission et des possibles contentieux, il nous a fallu prendre une décision maintenant. Nous avons conclu que les conditions n’étaient pas réunies pour ré ouvrir le golfe l’année prochaine. J’ai bien entendu vos propositions concernant un aménagement de la période de fermeture. C’est pourquoi, j’ai arbitré sur un arrêt de quatre semaines en continu, mais dans une fenêtre de 6 semaines. Comme s’y est engagé le Premier ministre devant vous au salon de l’agriculture, les indemnisations seront reconduites dans les mêmes conditions que cette année pour accompagner la fermeture.
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Tous ces fronts ont un point commun : ils ont besoin de financements à la hauteur. C'est pourquoi j’ai déjà porté, dans le cadre des discussions sur le cadre financier pluriannuel pour la prochaine période, la validation d’un budget pour la pêche et l’aquaculture à minima similaire à celui de la précédente période. Nous sommes parvenus à obtenir récemment une nouvelle proposition doublant la proposition initiale. Nous poursuivrons nos efforts pour atteindre notre objectif.
Par ailleurs, face aux crises qui se multiplient, l’Etat s’est tenu à vos côtés et continue de le faire : indemnisations cétacés, aides carburant dans le cadre de la crise, etc. Mais il est essentiel d’accélérer le développement des outils de gestion du risque, qui permettront de mieux protéger les entreprises face aux aléas qu'ils soient climatiques, sanitaires ou économiques/géopolitiques. D’où la nécessité d’avancer dans la création d’un fonds assuranciel dont vous m’avez dit qu’il était déjà bien avancé.
Enfin, je crois profondément à l'approche territoriale. Chaque façade maritime a ses spécificités, ses flottilles, ses enjeux propres. C'est pourquoi je veux que nous développions des projets pilotes qui tiennent compte de ces spécificités régionales, dans un travail étroit entre l'État et les collectivités à la fois pour répondre aux crises, faire émerger des navires décarbonés mais aussi mieux utiliser les fonds européens. Le plan Manche Est, que j'évoquais à l'instant, en est un exemple : il montre qu'il est possible de construire, à l'échelle d'une façade, des réponses adaptées, à condition que l'État, les régions et les acteurs locaux travaillent main dans la main.
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Vous avez compris ma motivation à accompagner la filière. Cette feuille de route est ambitieuse. Et je crois beaucoup au dialogue permanent entre nous. Et je suis persuadée que les solutions émergeront des territoires. Je suis là pour donner une vision optimiste de l’avenir, j’ai encore quelques mois pour mettre de l’énergie dans cette ambition.
Je crois que nous sommes dans un échange constructif et je souhaite poursuivre dans cette voie.
Merci de votre écoute et de votre confiance.