Publié le 20 février 2026
La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat 2025-2030
Le système alimentaire français est aujourd’hui confronté à de nombreux défis environnementaux et sociaux : augmentation des maladies chroniques, précarité alimentaire, réchauffement climatique, perte de biodiversité… Pour répondre à ces enjeux et à ceux de la souveraineté alimentaire, le gouvernement a publié le 11 février 2026 la « Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat ». Elle fixe les grandes orientations et les objectifs de la politique interministérielle de l’alimentation et de la nutrition à horizon 2030.
Agriculture et souveraineté alimentaire, Santé, Transition écologique : une stratégie interministérielle
La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) est le nouveau plan d’action du gouvernement. Il vise à garantir à tous une alimentation saine, durable et accessible d’ici 2030, en s’appuyant sur une approche interministérielle.
Elle a pour vocation de mettre en cohérence l’ensemble des politiques publiques liées à l’alimentation et à la nutrition, en alignant leurs actions, outils et objectifs.
L’objectif est de construire un système alimentaire durable qui assure la sécurité alimentaire et la nutrition pour tous sans compromettre les bases économiques, sociales et environnementales pour assurer la sécurité alimentaire et à la nutrition des générations futures (FAO, 2018).
La prise en compte de l’ensemble des enjeux conduit à élaborer une gouvernance à plusieurs niveaux. Le pilotage de la SNANC et des plans afférents est assuré par les ministères chargés de la Santé, de la Transition écologique et de l’Agriculture. D’autres ministères et opérateurs, concernés par certaines actions de la stratégie, y sont également associés.
Le cadre réglementaire de la stratégie
- la stratégie a été prévue par la loi Climat et résilience, suite aux travaux de la Convention citoyenne pour le climat ;
- elle s’inscrit dans le principe « Une seule santé » (One Health), qui reconnaît l’interdépendance entre la santé humaine, santé animale et l’environnement ;
- elle a été coconstruite avec les citoyens et les acteurs du secteur : 4 000 contributions ont été recueillies dans le cadre d’une consultation citoyenne et 4 instances consultatives ont rendu leur avis.
Quatre axes pour faire évoluer notre système alimentaire
Axe 1 – Assurer une gouvernance coordonnée des politiques en lien avec l’alimentation, la santé et l’environnement à toutes les échelles et agir à celle des territoires
L’axe 1 vise à coordonner la gouvernance des politiques alimentaires selon l’approche « Une seule santé » à toutes les échelles (nationales et locales) pour favoriser des environnements alimentaires sains et durables, et soutenir les initiatives territoriales.
Axe 2 – Garantir à tous l’accès à des environnements alimentaires et nutritionnels de qualité et durables
Cet axe consiste à faire évoluer les habitudes de consommation en France, en agissant sur l’évolution du système alimentaire pour permettre à tous l’accès à un environnement alimentaire sain et durable (amélioration de l’offre alimentaire, soutien à la restauration collective, réduction de la pression marketing sur les enfants et adolescents, réduction du gaspillage alimentaire…). Il vise également une évolution des régimes alimentaires vers une diversification des sources de protéines.
Axe 3 – Accompagner les comportements et les régimes alimentaires durables et favorables à la santé et à l’environnement
L’axe 3 vise à encourager les comportements alimentaires durables par la sensibilisation et l’information du grand public et des acteurs de la chaîne alimentaire (Nutri-Score, affichage environnemental, promotion de labels, en particulier le label agriculture biologique dont les bienfaits sur l’environnement et la santé sont reconnus…), la formation et l’éducation de la population générale et en milieu scolaire.
Axe 4 – Développer la recherche, l’expertise et l’évaluation pour une transition des systèmes alimentaires
L’axe 4 met l’accent sur la collecte de données et le développement de l’expertise nationale en alimentation, notamment sur des sujets comme les produits ultra-transformés, la diversification des protéines et l’évolution des comportements alimentaires.
Il prévoit aussi la création annuelle des journées scientifiques de la SNANC pour mettre en valeur les résultats des travaux de recherche à travers la démarche « Une seule santé », à l’attention de tous les acteurs concernés.
-30% de surpoids infantile, au minimum 50% de produits durables et de qualité dont 20% de bio en cantine : tous les objectifs d’ici 2030
- Diminuer de 30 %, par rapport à 2015, la prévalence du surpoids, dont l’obésité chez les enfants et les adolescents (dont la tendance était à la stabilisation), et diminuer de 20 % la prévalence du surpoids, dont l’obésité chez les enfants et les adolescents issus de familles défavorisées (dont la tendance était en augmentation), conformément à la Stratégie nationale de santé 2023-2030 et à la Stratégie nationale sport-santé (SNSS 2), qui priorisent des actions à destination des jeunes, de l’école à l’université.
- Atteindre les objectifs de la SNBC à horizon 2030 par une évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du PNNS, c’est-à-dire notamment une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes ; une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers et une limitation de la consommation de viandes et de charcuterie, en particulier importées.
- Viser une cible de 12 % de consommation de produits bio en valeur et en moyenne pour l’ensemble de la population sur l’ensemble des circuits de consommation.
- Atteindre l’objectif d’achat d’au moins 50 % de produits « durables et de qualité », dont au moins 20 % de produits bio, en restauration collective publique et privée, tel que prévu par la loi EGAlim.
- Atteindre l’objectif d’au moins 80 % du territoire couvert par des Projets alimentaires territoriaux reconnus de niveau 2, avec des critères renforcés sur les différentes dimensions de l’alimentation durable et favorable à la santé (économique, sociale, environnementale et de santé).
- Tendre vers plus de 30 % pour la part de fruits et légumes dans l’offre de l’aide alimentaire ; atteindre le nombre de 3 000 communes bénéficiaires de l’aide à la tarification sociale.
- Tendre vers la disparition de l’insécurité alimentaire.
- Réduire les émissions de gaz à effet de serre, hors puits de carbone, de 50 % entre 1990 et 2030 et atteindre les objectifs de la Stratégie nationale pour la biodiversité.
- Atteindre l’objectif d’une réduction de 50 % du d’ici 2025 pour la restauration collective et la distribution, et d’ici 2030 pour les autres secteurs par rapport à 2015, tel que prévu par la loi AGEC.
Agir de la chaîne alimentaire à l’assiette
La SNANC agit sur différents environnements alimentaires :
- L’environnement physique : adapter l’offre de denrées alimentaires proposées par les distributeurs, restaurateurs et industries agro-alimentaires pour favoriser des produits sains et durables, tout en réduisant le gaspillage alimentaire.
- L’environnement géographique : développer les projets alimentaires territoriaux en lien avec les autres projets locaux, agir spécifiquement dans les territoires ultra-marins, développer les mobilités actives et lutter contre les déserts alimentaires.
- L’environnement financier : améliorer l’accessibilité financière d’une alimentation saine et durable pour tous (aide alimentaire, politique tarifaire, suivi des expérimentations sur les chèques alimentation et sécurité sociale de l’alimentation…).
- L’environnement informationnel : informer davantage le public via les étiquetages, la régulation de la publicité et du marketing, la communication, la sensibilisation et l’éducation pour favoriser des choix éclairés en faveur d’une alimentation saine et durable.
La SNANC vise ainsi à mobiliser l’ensemble des acteurs (société civile, institutions, acteurs économiques) de la chaîne alimentaire, de la production à la consommation, dans un but commun : atteindre les objectifs économiques, sanitaires, sociaux et environnementaux de la France en matière d’alimentation.
Une mise en œuvre via plusieurs programmes opérationnels…
La SNANC fixe des objectifs et identifie les leviers opérationnels pour les atteindre.
Ils sont ensuite déclinés de façon cohérente à travers plusieurs plans opérationnels comme le Programme national pour l’alimentation (PNA), le Programme national nutrition santé (PNNS), ainsi que d’autres plans thématiques complémentaires.
Chaque levier y est accompagné d’un cadrage précis :
- actions à engager,
- acteurs responsables,
- calendrier de mise en œuvre,
- livrables attendus,
- indicateurs de suivi.
…et à différentes échelles
Aussi, la stratégie est déployée à différentes échelles, en concertation avec les parties prenantes concernées :
Chaque ministère, opérateur ou agence compétente met en œuvre les actions qui lui incombent. Un appel à projets annuel de la SNANC soutiendra des projets structurants portés par des partenaires professionnels ou associatifs, en cohérence avec les objectifs de la stratégie. Chaque année, un état des lieux de l’avancement sera effectué auprès [du Conseil national de l’alimentation] / [d’une instance associant l’ensemble des parties prenantes concernées]. Par ailleurs, des instances thématiques permettent la concertation et la mise en œuvre des actions concrètes, à l’image du Conseil national de la restauration collective.
Les Comités régionaux de l’alimentation (CRALIM) réunissent, chaque année, l’ensemble des acteurs concernés pour dresser un état des lieux, établir une feuille de route et suivre la mise en œuvre de la stratégie. Cette feuille de route est déployée par les services déconcentrés dans leur domaine de compétence. Les CRALIM assurent également la cohérence, sur les sujets alimentaires, avec les autres politiques régionales, comme les Plans régionaux santé environnement (PRSE).
Les Projets alimentaires territoriaux (PAT) permettent, sur la base d’un diagnostic systémique et partagé, d’établir un plan d’action et de le mettre en œuvre en associant les parties prenantes concernées (collectivités, chambres d’agriculture). Ils assurent la cohérence sur les sujets alimentaires, avec les autres politiques territoriales (comme les Contrats locaux de santé, les Plans climat-air-énergie territoriaux, les Contrats pour la réussite de la transition écologique ou encore les Schémas de cohérence territoriale). À ce titre, leur articulation avec ces autres projets locaux, et notamment ceux relatifs à la nutrition santé et les plans régionaux santé environnement, sera renforcée.
Les objectifs et orientations stratégiques de la SNANC concernent l’ensemble du territoire français.
Néanmoins, les territoires ultramarins présentent des atouts et des contraintes spécifiques qui nécessitent une attention particulière et des actions adaptées aux contextes locaux.
La population ultramarine présente notamment des caractéristiques socio-économiques et démographiques qui se distinguent de la situation hexagonale, avec de fortes inégalités sociales en matière de santé et de nutrition, et des prévalences de maladies chroniques et d’obésité plus fortes. Ainsi, la prévalence au diabète est deux fois supérieure dans les DROM que dans l’Hexagone. Le taux de surpoids et d’obésité y est également supérieur, en particulier chez les femmes. Alors que le taux d’obésité est le même pour les femmes et les hommes en Hexagone (15 % versus 14 %), celui des femmes est plus élevé que celui des hommes dans les DROM, l’écart le plus important se situant à Mayotte.
En termes de qualité nutritionnelle, l’environnement alimentaire est caractérisé par une grande part de produits importés dans l’offre disponible (80 % à 90 %). Une partie des produits disponibles présente des compositions nutritionnelles plus défavorables dans certains DROM par rapport à l’Hexagone, dans un contexte où l’importation se fait à un coût élevé, jusqu’à 50 % plus élevé. Ce phénomène est aggravé par une plus forte prévalence de la grande pauvreté, touchant cinq à dix fois plus les DROM que l’Hexagone. Dès lors, la précarité alimentaire est un enjeu majeur sur les territoires ultramarins.
Il convient, par ailleurs, de prendre en compte des spécificités des DROM en matière d’exposition aux contaminants de l’environnement, dont l’exposition de leurs populations aux métaux lourds et aux conséquences de l’usage de produits phytopharmaceutiques particuliers, aux risques naturels et climatiques (séismes, cyclones, inondations, sécheresse, tsunami…), avec des conséquences sur la ressource en eau, agricoles…
Pour ces raisons, les spécificités ultramarines seront prises en compte dans le cadre des déclinaisons de la stratégie, via la mise en œuvre des volets outre-mer du Programme national pour l’alimentation (PNA), du Programme national nutrition santé (PNNS) et du Pacte des solidarités.
Les 14 actions phares à retenir
- Communiquer et sensibiliser sur une alimentation saine et durable intégrant l’ensemble des dimensions associées identifiées dans le cadre de la SNANC.
- Faire des projets alimentaires territoriaux des leviers de transition des territoires, en renforçant de manière systémique leurs critères de reconnaissance, sur l’ensemble des dimensions (économie, environnement, justice sociale et santé). Les conditions de reconnaissance et de financement seront progressivement renforcées de manière concertée dans le cadre d’une gouvernance interministérielle des projets alimentaires territoriaux.
- Imposer dans la loi la transparence des pourcentages d’achats de produits « durables et de qualité » dans les achats annuels des distributeurs et de la restauration commerciale.
- Améliorer la durabilité et la composition nutritionnelle de l’offre alimentaire à travers des seuils maximaux en sel, sucres, gras, et minimaux en fibres pour les aliments les plus contributeurs, sur la base d’accords collectifs révisés.
- Encadrer réglementairement pour la première fois la qualité nutritionnelle des repas servis dans les établissements de la petite enfance, EHPAD, en cohérence avec les nouvelles recommandations nutritionnelles.
- Poursuivre l’accompagnement de la restauration collective vers l’atteinte des objectifs existants (notamment l’atteinte des 50 % de produits durables et de qualité dont 20 % de bio), en particulier à travers un accompagnement financier pour les cantines rurales et en assurant l’exemplarité de l’État, notamment en privilégiant les circuits courts et écartant fermement l’achat de denrées alimentaires non européennes.
- Réduire efficacement l’exposition des enfants et des adolescents aux publicités et parrainages pour des produits trop gras, sucrés, salés, sur les différents médias (traditionnels et numériques), notamment par la mise en œuvre de la Charte alimentaire 2025-2029 et le règlement européen sur les services numériques, et promouvoir dans ce cadre les produits durables et de qualité. En cas d’insuffisance des dispositions volontaires, une mesure réglementaire d’encadrement du marketing alimentaire dans les médias sera envisagée.
- Amplifier les actions en nutrition et améliorer l’environnement alimentaire et d’activité physique au sein des collectivités, des entreprises et des administrations publiques par le développement de la Charte d’engagements du PNNS, avec l’engagement exemplaire de l’administration de l’État pour améliorer cet environnement pour ses agents.
- Améliorer la qualité nutritionnelle et environnementale de l’aide alimentaire et soutenir les projets locaux de solidarité (programme « Mieux manger pour tous »).
- Renforcer l’application du cadre législatif de lutte contre le gaspillage alimentaire en déployant des contrôles coordonnés auprès de l’ensemble des opérateurs concernés.
- Promouvoir les mobilités actives durables notamment pour les jeunes, intégrant la pratique de la marche et du vélo comme vecteur de bien-être physique et mental.
- Expérimenter les modalités de l’extension de l’usage volontaire du Nutri-Score aux denrées non pré-emballées et à la restauration hors foyer pour des choix éclairés favorables à la santé.
- Après une phase concertée de développement, déployer l’affichage environnemental volontaire encadré pour les produits alimentaires mis sur le marché.
- Objectiver les critères environnementaux des cahiers des charges et labels privés ainsi que les pratiques et impacts induits par ces critères dans la perspective d’un encadrement des labels privés dans le cadre futur de la directive « Allégations environnementales ».