Discours d'Olivier Klein - Clôture des rencontres thématiques des cités éducatives

Le Jeudi 13 octobre 2022

Seul le prononcé fait foi.

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

 

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui pour clôturer ces rencontres thématiques des cités éducatives.

Heureux de clôturer une journée qui a été l’occasion pour vous  d’échanger et de travailler sur des sujets importants pour la politique de la ville.

 

Vous dire également le plaisir qui est le mien d’être ici avec vous car les cités éducatives ce ne sont pas juste un dispositif en plus de la politique de la ville, un dispositif qui serait inscrit dans un « grand plan » comme on a trop l’habitude d’en faire.

Non, vous le savez bien sur le terrain que ce n’est pas ça.

Les cités éducatives c’est un état d’esprit, c’est une façon de penser et d’agir.

 

C’est une démarche ambitieuse pour lutter contre les inégalités de destin et les fractures sociales car j’en suis convaincu, la politique de l’éducation est la première des politiques d’émancipation.

 

C’est également une réalisation concrète qui s’inscrit dans une politique globale. Une politique déterminée et réussie pour l’éducation dans les quartiers prioritaires que le Gouvernement mène depuis 2017.  

 

Oui, tout n’est pas parfait mais soyons fiers.

Soyons fiers des classes dédoublées, de « devoirs faits » mais également des colos apprenantes et des quartiers d’été qui ont été pérennisés il y a quelques mois. 

 

Alors cette belle démarche des cités éducatives, il faut la faire vivre.

C’est ce que vous faites chaque jour et je profite de cette occasion pour vous remercier très sincèrement pour l’énergie et la passion que vous mettez.

 

Cette démarche, il faut la faire vivre et il faut également la faire durer.

C’est pour cela que je vous annonce aujourd’hui que nous prolongerons les financements des cités éducatives jusqu’en 2027.

C’est un engagement financier que nous prenons pour vous permettre de poursuivre la réussite de vos actions et aussi vous donner plus de visibilité, pour réfléchir à ce qui peut être amélioré.

Mais c’est bien parce que les cités éducatives ne se réduisent pas à être un simple dispositif que cette prolongation de financement ne doit pas nous amener à nous dire « on reste comme ça jusqu’en 2027 et c’est tout ». Pour le dire plus familièrement, hors de question de se reposer sur nos lauriers !

 

Au contraire, les cités éducatives tiennent leur force de leur agilité donc nous aussi soyons agiles.

 

Cette prolongation de financement c’est une véritable opportunité, c’est une chance, pour se remettre à réfléchir, à se questionner, se réinventer.

Autrement dit c’est poursuivre et améliorer les idées qui ont marché et aussi prendre conscience des échecs ou tout simplement des choses qui n’ont plus vocation à perdurer.

Aussi, prolonger les financements jusqu’en 2027 ne veut pas dire que l’esprit des cités éducatives s’arrêtera à cette date.

2027 c’est demain donc dès maintenant pensons à la suite.

Là aussi, profitons de cette période pour penser le temps long, pour que l’état d’esprit des Cités ne disparaisse pas.

 

Oui, dès maintenant interrogeons-nous et demandons-nous « quel avenir pour les cités éducatives ? »

Quelles sont les conditions pour réussir un saut qualitatif ? Quelles sont les conditions pour réussir l’avenir ? 

 

Tout d’abord, les évaluations en cours nous permettront dy répondre et dy voir plus clair sur ce qui a marché et ce qui na pas marché. Toujours dans la même idée évoquée précédemment de capitaliser sur nos réussites et dapprendre de nos erreurs.

Ensuite,  ces réponses je veux que nous les construisions avec vous, ensemble, grâce à votre expertise, à votre engagement et votre mobilisation de chaque instant sur le terrain.  

 

Parce qu’il n’y a pas « d’Etat magique ». Il y a un État qui porte des priorités politiques (les cités éducatives en sont une), et qui nourrit l’ambition de « faire ensemble » pour reprendre la formule de Jean-Louis BORLOO. 

Alors, oui je ne viens pas ici avec des réponses toutes faites, avec des mesures imposées par Paris qui devraient s’appliquer parfaitement à chaque territoire, j’ai été enseignant et je sais que ça ne marche pas comme ça. 

Mais par contre je viens devant vous avec des convictions.

 

  1. La première c’est celle d’une gouvernance améliorée, d’une gouvernance plus partagée.

 

C’est ça « l’esprit Cités », celles dans lesquelles on prône le « faire ensemble » et on le met en œuvre ensuite.

Celles dans lesquelles les expertises de chacun seront respectées.

Ça passe tout d’abord par conforter le rôle de l’école.

Une école qui soit attractive et qui rayonne sur son environnement, sur la ville en général.

Car l’école est le ciment de la politique de la ville que nous menons. Tout part de l’école. Quand l’école va mal, tout le quartier va mal. Les familles, en tout cas celles qui le peuvent, s’en vont pour chercher une sorte « d’eldorado scolaire » un peu plus loin, parfois beaucoup plus loin.

Et les autres familles ne viennent pas. Et on finit par faire d’un quartier populaire un lieu d’assignation à résidence.

A l’inverse, quand l’école va bien, tout le quartier va mieux. Il retient les « siens » et il attire de nouvelles familles qui viennent apporter leur pierre à l’édifice de la mixité sociale et scolaire.

L’école c’est la pierre angulaire de la politique de la ville.

 

Mais dans la ville, il  y a une catégorie d’habitants sur laquelle je veux insister et qui doit être au cœur des cités éducatives.

Ce sont les familles.

Car ne l’oublions pas, le premier éducateur d’un enfant c’est la famille.

Elle doit trouver toute sa place dans les Cités éducatives.

Je souhaite que son rôle soit réaffirmé car sa participation n’est pas anecdotique.

Les contributions du cercle familial sont précieuses.

Et à l’inverse, les familles aspirent à mieux comprendre l’école, elles cherchent à comprendre – non pas forcément pour les remettre en question – les décisions que vous, professionnels, prenez. Car ce sont des décisions qui sont lourdent de sens, qui touchent à l’intime, à l’avenir de leurs enfants.

Et leur permettre d’avoir les clés de compréhension c’est aussi réduire les inégalités entre les familles, celles qui ont les codes, qui connaissent « ce milieu » pour le dire rapidement et les autres, celles qui n’ont pas les codes et qui pourtant sont celles qui ont le plus besoin de l’école de la République.

Expliciter ce qui est fait c’est renforcer le dialogue et ne pas créer une défiance face à ce qui pourrait sembler être des décisions subies et non pas choisies.

Un mot aussi sur les fournitures scolaires. Je redis ici mon ambition qu’à la rentrée 2023, les élèves des quartiers populaires, du CP au CM2, aient sur leur table l'ensemble du trousseau nécessaire pour apprendre dans de bonnes conditions.

C’est un dispositif juste et équitable. C’est également un dispositif qui permet de faire travailler ensemble enseignants et parents pour définir ce trousseau de fournitures. Je sais que des collectivités ont déjà mis en place ce type de projets, je l’ai moi-même fait dans ma ville de Clichy-sous-Bois et il faudra travailler avec les collectivités. Je sais que ce sont des partenaires quotidiens pour vous.

C’est en travaillant main dans la main que nous aurons ces petites victoires qui sont symboliques mais extrêmement importantes pour lutter contre ces fractures sociales, pour bâtir une école et une ville qui soient plus inclusives pour nos enfants.

On le sait bien, la question urbaine est d’abord et toujours une question sociale. Réduire les fractures sociales n’est pas qu’une priorité, c’est le sens de toute notre action.

Pour reprendre un proverbe : « il faut tout un village pour élever un enfant ».

Et j’insiste sur ce verbe : « élever ». Non pas « éduquer » car l’éducation, elle est principalement à l’école, dans la famille mais l’enfant doit pouvoir compter sur tous les habitants de la ville pour l’élever, pour le hisser vers le haut, le faire grandir en lui offrant les meilleures ressources possibles.

C’est l’entraîneur sportif, c’est le maître de stage mais ça peut être aussi le commerçant, l’agent public, le professionnel de santé, les amis.

 

Au cours de cette journée, je crois savoir que vous avez parlé de la participation citoyenne et c’est un sujet qui me tient à cœur.

La parole des habitants est la moelle de la politique de la ville et on ne changera pas la ville sans les habitants.

C’est dans nos quartiers que se joue l’avenir de notre pays.

 

Enfin, associer les habitants ça veut dire faire avec les territoires.

En effet, je ne l’oublie pas, les Cités éducatives ne sont pas une idée sortie d’un ministère. Ça vient du terrain, de Grigny notamment. L’Etat ensuite facilite, soutient, généralise, prolonge une dynamique qui en réalité est déjà initiée par les acteurs de terrain.

 

Vous l’avez compris, je souhaite qu’on améliore le pilotage et l’ancrage dans les territoires.

Pour développer des stratégies locales ambitieuses et adaptées, pour lutter contre les logiques de ségrégation et de décrochage, pour répondre aux défis éducatifs d’ampleur il faut agir collectivement et au plus près du terrain.

 

  1. Une autre conviction que je veux vous partager, c’est celle d’être davantage attentif à la continuité éducative.

Je sais que vous faites déjà beaucoup et je vous en remercie.

Et je pense qu’on peut faire plus et mieux.

J’en ai déjà dit un mot avec l’importance du lien continu avec les familles.

 

La continuité éducative c’est aussi prendre en compte tous les temps de l’enfant ou du jeune.

C’est faire en sorte qu’à chaque moment de sa journée, l’enfant apprenne le monde qui l’entoure. Comme je le disais à l’instant, qu’il s’élève dans tous ses moments dans la ville, avant, pendant, autour et après le cadre scolaire.

Vous le comprenez, c’est une continuité aussi bien temporelle que spatiale et dans la politique de la ville ça a un sens fort.

C’est la volonté de construire des passerelles, c’est de ne pas travailler en silos mais de former une communauté, une cité éducative pour les enfants et les jeunes. Encore une fois je le redis, les Cités éducatives ce n’est pas un dispositif, ce n’est pas un simple outil de financement. C’est bien plus que ça et j’insiste sur la nécessité de toujours vérifier la transversalité des projets portés.

Ça veut dire communiquer ensemble, ça veut dire travailler ensemble  et coordonner les dispositifs pour intensifier la prise en charge éducative des enfants.

La continuité c’est également une continuité de parcours, de la naissance jusqu’à l’insertion professionnelle.

A ce sujet, j’insisterai sur deux moments clés : le début et la fin du parcours.

Le début du parcours c’est dès la crèche, la petite-enfance. Le Président de la République a beaucoup travaillé avec toutes les parties prenantes sur les 1000 premiers jours de l’enfant. Car on le sait maintenant, la socialisation précoce des enfants est un gage de réussite pour plus tard.

Ensuite, il y a la fin du parcours. En effet, vient un moment où le jeune n’est plus accompagné ou beaucoup moins, le moment où on le laisse s’émanciper. C’est l’objectif d’ailleurs.

Mais on ne peut pas laisser un jeune sans solution à la fin de la scolarité obligatoire.

Pour moi l’échec scolaire est insupportable, les jeunes qui sortent sans orientation ou avec une orientation subie ne construisent pas un parcours de réussite. Il y a des réussites multiples, aux formes variées, qu’il faut valoriser. Moi je crois aux compétences. Des compétences qui ne sont pas toujours prises en compte par l’école.

 

L’école, elle a joué un rôle fondamental dans ma vie personnelle, dans la vie des habitants de nos quartiers aussi.

Dans les quartiers populaires, les temps de transition entre la maternelle, l’élémentaire, le collège, sont parfois des temps de rupture et de décrochage.

Il faut qu’on réfléchisse avec l’ensemble des partenaires à ces temps de transition, comment accueillir un enfant et sa famille en maternelle, comment on prépare le passage de l’enfant en CP… Tous ces sujets-là.

*

 

Voilà Mesdames et Messieurs les grandes convictions que je tenais à vous partager aujourd’hui.

En faisant découvrir le monde de l’entreprise, en faisant apprendre une langue, en aidant à l’insertion professionnelle, en permettant aussi des mobilités et des rencontres, en promouvant la culture citoyenne : vous élargissez les horizons des enfants afin qu’ils se projettent en dehors de leur quartiers.

C’est ensemble, c’est grâce à vous que nous arriverons à élargir le champ des possibles d’une jeunesse qui vit actuellement les transitions profondes d’un monde qui change, d’un monde à l’avenir incertain.

Grâce à votre action, quel que soit votre métier, vous aidez les enfants et les jeunes à trouver, dans cet environnement, les clés de l’émancipation.

 

Vous leur montrez aussi que quel que soit notre quartier, on a tous droit à l’excellence, indépendamment de l’adresse, de la couleur de peau ou de l’origine des parents.

Vous êtes l’incarnation de cette promesse républicaine, celle qui dit tout simplement mais puissamment à nos enfants : « vous avez droit comme tout un chacun à l’excellence. Vous y avez droit parce que la République vous reconnaît. Elle vous reconnaît comme des citoyens à part entière et pas entièrement à part. Et elle vous offre ce qu’elle a de meilleur ».

 

Ici devant moi, je vois ce que la République a de meilleur à offrir à la jeunesse de nos quartiers populaires.

Je vous remercie.

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