Vers un retour du lamantin en Guadeloupe ?

Le Mardi 14 mars 2017

Lamantin des Caraïbes (Trichechus manatus)
Crédits : M. Maruzzi / Agence française pour la biodiversité

Mammifère marin emblématique de la mer des Caraïbes et du golfe du Mexique, le lamantin a disparu de Guadeloupe et de Martinique au début du XXe siècle. Cette espèce menacée fait l’objet d’un programme de réintroduction porté par le parc national de Guadeloupe.

Une réintroduction soutenue par l’Europe

Entre la Grande-Terre et la Basse-Terre, fermée par une barrière de corail de 29 km de long et ceinturée par des mangroves, la vaste baie du Grand Cul-de-Sac marin offre les conditions favorables au retour du mammifère marin. C’est le site qui a été identifié par le parc national de Guadeloupe pour sa réintroduction.

Ce projet est un objectif de la charte du parc national qui a obtenu un programme européen de 5 ans (LIFE Sirenia) en 2015. Une équipe spécialisée s’occupe depuis août 2016 du premier jeune lamantin mâle accueilli, né dans un parc zoologique. Surnommé Kai, l’animal est élevé dans des installations adaptées, sur le site de Blachon : un enclos semi-naturel, creusé sur une parcelle terrestre littorale et connecté au milieu marin. D’autres individus sont attendus pour participer à un programme de reproduction : seuls les jeunes nés au centre pourront être relâchés dans la baie du Grand Cul-de-Sac marin dans les années à venir.

Un mammifère marin menacé et protégé

Le lamantin des Caraïbes (Trichetus manatus) fréquente les eaux littorales peu profondes, du Golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes, jusqu’à la côté nord du Brésil. A l’âge adulte, ce paisible mammifère mesure en moyenne 3 m pour 500 kg. Herbivore, il broute diverses espèces de plantes à fleurs marines et d’algues dans les herbiers sous-marins, s’accommodant aussi de feuilles de palétuviers et de végétation flottante. Cela lui vaut les noms de vache de mer ou de bœuf marin. Sa présence est un indicateur du bon état écologique des écosystèmes.

Longtemps chassé pour la qualité de sa viande, le cuir de sa peau ou encore sa graisse, le lamantin a été surexploité à partir du XVIIe siècle jusqu’à disparaître totalement des Petites Antilles. L’espèce est aujourd’hui classée vulnérable selon la liste rouge des espèces de l’Union internationale pour la conservation de la nature : on estime qu’il reste moins de 10 000 individus matures dans l’ensemble de son aire de répartition. Il fait partie des espèces protégées par le protocole de protection des habitats et des espèces sauvages, dans le cadre de la convention pour la protection et la mise en valeur du milieu marin de la région des Caraïbes, aussi appelée convention de Carthagène. Sa capture, sa possession, son abattage et son commerce sont strictement interdits.

Diverses menaces continuent de peser sur l’espèce :

  • la disparition de ses milieux de vie, en particulier les herbiers et les mangroves, due à l'occupation du littoral par les activités humaines ;
  • une mauvaise qualité de l’eau liée aux pollutions (rejets de déchets et d’eaux usées) ;
  • les collisions avec les embarcations, responsables de blessures mortelles ;
  • les captures accidentelles dans les filets de pêche pouvant entraîner des blessures ou la mort par noyade ;
  • le braconnage pratiqué dans certains pays comme activité de subsistance.

Nourrissage du lamantin au Parc zoologique de Paris

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Tinus, pensionnaire du Parc zoologique de Paris, est un mâle lamantin de 600 kg qui se nourrit principalement de salades. Il cohabite avec deux autres lamantin, Herbert et Husar. À découvrir dans la grande serre !