Vers le nouveau cadre mondial pour la biodiversité

Le Mercredi 13 octobre 2021


Crédits : Arnaud Bouissou / Terra

La COP 15, 15e réunion de la Conférence des Parties à la convention sur la biodiversité, est inaugurée virtuellement cette semaine, en présence notamment du Président de la République et de la ministre de la Transition écologique. Elle se poursuivra au printemps 2022 en Chine, avec pour objectif l’adoption du nouveau cadre mondial pour la biodiversité, actuellement en cours de négociation. Ce cadre fixera les objectifs mondiaux à atteindre pour mettre un terme à l’érosion de la biodiversité et la mettre sur la voie de la régénération d’ici 2030. La ministre de la Transition écologique a par ailleurs participé à une table ronde sur le financement et les moyens de mise en œuvre de ce cadre mondial.

2021, une année d’action pour la biodiversité

Alors que la crise sanitaire mondiale a été un puissant révélateur de notre dépendance à la nature et a rappelé notre vulnérabilité face à sa dégradation, l’année 2021 marque un engagement fort en faveur de la biodiversité, à tous les niveaux.

Ainsi, la France a accueilli en janvier 2021 la première édition du One Planet Summit entièrement dédié aux enjeux de la protection de la biodiversité. Il a permis le lancement de nombreuses initiatives pour protéger les écosystèmes terrestres et marins, promouvoir l’agroécologie, mobiliser des financements pour la biodiversité et protéger les forêts, les espèces et la santé humaine. 

Cette année a également été marquée par la tenue du Congrès mondial de la nature de l’UICN à Marseille du 3 au 11 septembre dernier. Pour la première fois depuis la crise sanitaire, les représentants d’États et agences gouvernementales, d’ONG, d’organisations de peuples autochtones, d’agences de développement économique, d’institutions scientifiques et universitaires ou encore d’associations d'entreprises se sont retrouvés pour échanger et acter collectivement le manifeste de Marseille. L’UICN et ses membres ont envoyé un message clair sur le niveau d’ambition attendu pour cette COP 15 et le cadre mondial pour la biodiversité qui y sera décidé, en portant des objectifs forts : protéger 30 % de la planète d’ici 2030, éliminer la pollution plastique dans les océans, lutter contre la surpêche. Le plus important, peut-être, ce manifeste a mis en lumière les liens indissociables qui existent entre la biodiversité, la santé et le climat, avec notamment un appel à la neutralité carbone d’ici 2050. Alors que la COP 15 s’ouvre officiellement cette semaine, et que la COP 26 pour le climat se tiendra fin octobre, l’ambition internationale est bien de lier ces problématiques. 

Biodiversité et climat : deux défis étroitement liés 

Les liens entre biodiversité et climat vont dans les deux sens. Le climat influence fortement le fonctionnement des écosystèmes et la biodiversité. En retour, les écosystèmes naturels participent aux grands cycles biogéochimiques, comme ceux de l’eau et du carbone, et ont donc une action directe sur le climat.

Ces liens étroits rendent la biodiversité très vulnérable au changement climatique. Et si des écosystèmes sains et diversifiés fournissent de nombreux services écosystémiques et peuvent contribuer à atténuer les effets du changement climatique et de ses impacts, une biodiversité malmenée peut avoir des effets néfastes sur le climat. À l’inverse, les mesures de mitigation du réchauffement climatique peuvent avoir un impact sur la biodiversité, qu’il est nécessaire de prendre en compte.

Ainsi, ces deux défis sont complémentaires : la neutralité carbone ne peut être rendue possible que grâce aux solutions que nous offre la nature, et la préservation de la biodiversité implique de limiter le réchauffement de la planète. 

Les solutions fondées sur la nature, c’est-à-dire les actions qui s’appuient sur les écosystèmes afin de relever les défis globaux, sont donc essentielles, en particulier pour la lutte contre le changement climatique et l’atténuation de ses impacts et des risques naturels (inondations, sécheresses, risques côtiers, canicules, incendies…). Les grands rendez-vous internationaux à venir, la COP 26 sur le climat qui se tiendra à Glasgow fin octobre et la COP 15 sur la biodiversité, dont les négociations auront lieu en Chine en 2022, seront déterminants pour mettre en place ces solutions.  

Les ambitions de la France pour ce nouveau cadre 

Le nouveau cadre mondial pour la biodiversité, qui devra être adopté lors de la COP 15, fixera les objectifs à atteindre pour mettre un terme à l’érosion de la biodiversité d’ici 2030. La complémentarité entre actions pour la biodiversité et le climat, pour la santé (avec l’approche « One Health », une seule santé) et les solutions fondées sur la nature sont au cœur des ambitions portées par la France. 

Concrètement, cette complémentarité se retrouve dans de nombreuses actions dans lesquelles la France est fortement engagée, tant au niveau national que sur les scènes internationale et européenne.

  • La lutte contre la déforestation, portée au niveau national avec la Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée à travers laquelle la France s’engage à ne plus importer de produits forestiers ou agricoles non durables d’ici 2030.
  • La protection des océans, avec l’accueil d’un sommet « One Ocean » en 2022.
  • Les aires protégées, avec l’objectif de protection de 30 % des terres et des mers d’ici 2030, fortement soutenu par la France aux côtés du Costa-Rica et du Royaume-Uni, coprésidence pour les océans, au sein de la coalition de haute ambition pour la nature et les peuples. Au niveau national, cet engagement est retrouvé dans la stratégie nationale pour les aires protégées qui vise à protéger 30 % des écosystèmes terrestres et marins français dès 2022, dont un tiers sous protection forte. 
  • La restauration des écosystèmes dégradés.
  • La 3e Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB), concrétisation de l’engagement français au titre de la convention sur la diversité biologique, permettra dès début 2022 de mettre en œuvre les ambitions françaises pour la biodiversité.

Outre des objectifs ambitieux, l’efficacité du nouveau cadre mondial dépendra également de son appropriation par l’ensemble des acteurs, États comme entreprises et collectivités, ainsi que d’une mobilisation des ressources à la hauteur des enjeux.

Une nécessaire mobilisation de toutes les ressources 

Pour atteindre le niveau d’ambition défendu par la France et d’autres pays engagés, la mobilisation des ressources, y compris financières, sera déterminante. Cette mobilisation implique notamment de réduire significativement les subventions néfastes à la biodiversité, de prendre en compte systématiquement l’impact des investissements, privés comme publics, sur la biodiversité, et de faire converger les financements pour le climat et la biodiversité. Le financement et les moyens de mise en œuvre seront des questions clés dans les négociations attendues à la COP 15 en vue du cadre post-2020.

La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a participé ce mardi 12 octobre à une table ronde sur le sujet. Cette table ronde a permis d’engager des discussions sur des mesures financières visant à soutenir la biodiversité ainsi que les programmes de relance économique post-pandémie.