Intervention de Barbara Pompili - Présentation de la Stratégie PIA 4 : "Recyclabilité, recyclage et incorporation de matériaux recyclés"

Le Lundi 13 septembre 2021

Seul le prononcé fait foi

Bonjour à toutes et à tous,

Je suis ravie d’être avec vous aujourd’hui à l’occasion de la présentation de notre nouvelle stratégie pour « la Recyclabilité, le recyclage et l’incorporation de matériaux recyclés », dans le cadre du Programme d’Investissements d’Avenir.

De quoi parlons-nous ?

De l’occasion pour les filières industrielles de relever un des principaux défis pour leur avenir : accélérer la transformation vers l’économie circulaire.

C’est un défi écologique bien sûr. Aujourd’hui, notre priorité doit être de respecter les limites d’une planète à bout de souffle.
Chaque année en France, nous consommons 800 millions de tonnes de matières. Près de 350 millions de tonnes de déchets sont produits.
66% de ces 350 millions de tonnes de déchets sont recyclés. L’économie circulaire n’est donc pas marginale dans notre pays.
Mais les taux de recyclage varient beaucoup selon la nature des déchets : plus de 70% dans le secteur de la construction contre 21% sur les plastiques.
Il faut donc aller plus loin !

Le recyclage, c’est aussi une opportunité pour recréer l’emploi dont nous avons tant besoin. Des emplois en France, non délocalisables.
Oui, car nous le savons : le réemploi, le tri et le recyclage des déchets créent 10 fois plus d’emplois que leur mise en décharge.
On estime à 800 000 le nombre d’emplois dans l’économie circulaire au sens large, dont 200 000 dans la réparation.

Aujourd’hui, nous avons l’opportunité inestimable de construire notre résilience de demain.

Et ce, en nous rendant moins dépendants des marchés internationaux, notamment pour l’importation de métaux stratégiques.

Et par ailleurs, chaque année, ce sont des dizaines de millions de tonnes de déchets recyclables qui sont exportées hors de France, faute de disposer des capacités industrielles suffisantes et de débouchés suffisamment pérennes.

Notre stratégie pour le recyclage, c’est enfin un moyen de redonner du pouvoir d’achat à nos concitoyens, avec des produits moins chers, réparables, et qui durent plus longtemps.

Bref : l’économie circulaire, c’est un moyen de répondre à toutes les urgences de notre époque. Celle de la fin du mois comme celle de la fin du monde.

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Avec France Relance, ce ne sont pas moins de 500 millions d’euros que nous avons mis sur la table.
Ils nous permettront d’accompagner toutes les entreprises dans ce changement de modèle vers l’économie circulaire, et de soutenir l’investissement.

Avec ce budget inédit, nous nous donnons enfin les moyens de nos ambitions.
En modernisant les centres de tri, pour accueillir et trier plus d’emballages, notamment en plastique.
En soutenant aussi le développement de la valorisation des biodéchets.
Et en soutenant les investissements dédiés à l’incorporation de matières plastiques recyclées.

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Pour réussir, nous devons impérativement nous appuyer sur notre force d’innovation.

Pour faire émerger l’économie de demain, nous avons besoin d’une offre française de matières recyclées de haute qualité.
Oui, il faut investir, mettre au point de nouveaux procédés, développer de nouvelles technologies…

Ceci afin de produire le plus de valeur ajoutée possible à partir des déchets que nous produisons, et de réduire notre dépendance extérieure pour notre approvisionnement en matières et pour la valorisation des déchets.  
La crise sanitaire a révélé notre vulnérabilité en la matière.

Ensemble, nous devons donc lever les verrous technologiques à la production de matières premières de recyclage et à leur réincorporation dans de nouveaux produits.

Et notre succès collectif, il tiendra à une collaboration beaucoup plus étroite entre les acteurs du recyclage, et ceux qui conçoivent les produits.
Parce que la recyclabilité, la réparabilité, l’incorporation de matériaux recyclés : cela se pense dès le début.

Et pour cela, nous avons la stratégie « recyclabilité, recyclage et réincorporation des matériaux » du PIA 4 qui consacre 600 millions d’euros d’ici 2027 à ce besoin d’innovation. Je suis heureuse de vous annoncer que le Gouvernement va engager 370 M€ de nouveaux fonds PIA pour cette stratégie. C’est un effort sans précédent.

La mise en œuvre de cette stratégie est pilotée par le Secrétariat général à l’investissement, et je salue à ce titre la présence de M. Guillaume Boudy, Secrétaire général pour l’investissement qui est avec nous aujourd’hui.

Cette stratégie porte sur cinq matériaux que nous utilisons au quotidien : les plastiques, les matériaux composites, les textiles, les métaux stratégiques et les papiers et cartons.

Cette stratégie inédite doit nous permettre tout d’abord de développer le recyclage des métaux stratégiques, ceux dont la transition écologique a besoin.

Je pense notamment aux batteries des véhicules électriques, aux aimants permanents des éoliennes et des moteurs électriques, aux électrolyseurs hydrogène, aux panneaux photovoltaïques…

Notre ambition ? Disposer d’ici 2030 des capacités industrielles pour recycler 100% des batteries des véhicules électriques arrivant en fin de vie en France.

Notre objectif, c’est également de produire deux millions de tonnes… oui deux millions… de matière plastique recyclée chaque année d’ici 2025… et les réincorporer !

De même, nous voulons multiplier par 4 le recyclage du textile d’ici 2025.

Enfin, nous voulons développer la filière française de recyclage des papiers cartons pour réduire d’un quart en 2025, et de moitié en 2030, l’excédent de quantité de papiers et cartons à recycler.

Cela représente près de 400 000 tonnes de capacités d’incorporation de papier-carton recyclé à développer d’ici 2025 !

Pour atteindre ces objectifs, nous aurons à cœur d’accompagner les acteurs de la filière composites pour faire émerger une filière nationale de recyclage.

Tous ces projets ne peuvent être réalisés que si la France se positionne comme un véritable leader des technologies de tri et de démantèlement.

Pour ce faire, nous allons  développer des innovations qui permettront d’aller mieux trier les déchets et de mieux accéder aux différents matériaux qui les constituent.  

C’est pourquoi les soutiens porteront d’abord sur la Recherche et développement, avec 310 millions d’euros pour mettre au point des solutions de recyclage plus performantes.

Le Gouvernement investit également dans la formation professionnelle et le développement des compétences, à hauteur de 30 millions d’euros.

Et pour accélérer le déploiement industriel, nous mobilisons 260 millions d’euros, en particulier pour les unités industrielles de recyclage des batteries et l’adaptation de l’outil industriel.

Tous ces efforts, tous ces investissements doivent nous permettre de réincorporer des matières premières de recyclage dans de nouveau cycles de production.

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Cette stratégie, nous allons la déployer et la faire vivre sur le terrain.

C’est pourquoi l’ADEME a publié cet été un appel à projet qui comporte deux volets : un sur les technologies de collecte, de tri et de démantèlement, et un autre sur le recyclage des plastiques.

Un second appel à projets sera lancé ce mois-ci sur le recyclage des métaux stratégiques.

Je compte sur vous pour relayer et pour répondre à cet appel.

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Et si je suis venue ici chez SKYTECH aujourd’hui, c’est parce que la technologie que nous pouvons y voir est exemplaire.

Le procédé mis au point par SKYTECH, avec notamment l’aide du PIA au travers de l’ADEME, est extrêmement précieux.

En séparant et en traitant des mélanges de déchets broyés issus de véhicules usagés ou de déchets d’équipements électriques et électroniques, ce procédé en extrait des résines plastiques à haut niveau de pureté, conformes aux attentes des industriels.

Ainsi, ces plastiques vont pouvoir bénéficier d’une seconde vie, pour produire des voitures, des équipements électroménagers, ou encore des bâtiments.

C’est crucial, quand on sait que les véhicules hors d’usage représentent 200 000 tonnes de déchets plastiques par an, et les déchets d’équipements électriques et électroniques 170 000 tonnes.

Quand on sait que 1/3 de ces déchets plastiques de véhicules hors d’usage ne sont pas collectés. Et que parmi ceux collectés, le taux de recyclage est de moins de 50%...

Je sais que demain, vous quitterez ces locaux, cette halle Eiffel spectaculaire. Vous partez à quelques kilomètres d’ici, vous étendre, devenir propriétaire, vous moderniser, vous diversifier, notamment en permettant de trier des plastiques de couleurs.

L’Etat vous accompagne pour cela. Au travers du plan France Relance, volet « relocalisation », Skytech bénéficie d’une aide de 1,5M€, qui va permettre de préserver cette technologie d’avenir en France.

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Mesdames et Messieurs, en parallèle de tout cela, vous le savez, nous continuons d’actionner tous les leviers, de lever tous les freins.

C’est notre responsabilité, celle du Gouvernement, pour faire naître cette économie circulaire de demain dont notre pays et notre planète ont tant besoin.

Et au cœur de cette bataille, nous avons bien sûr la loi anti-gaspillage votée début 2020, ainsi que la loi Climat et résilience que j’ai porté devant le Parlement et qui a été promulguée fin août.

Avec le décret 3R publié fin avril dernier, nous avons fixé des objectifs ambitieux.
La réduction de 20 % des emballages en plastique à usage unique mis sur le marché d’ici fin 2025, cela va représenter 450 000 tonnes d’emballages plastiques à usage unique par an en moins.
C’est colossal !

Avec la loi Climat et résilience, demain, 20% des produits vendus dans les supermarchés devront l’être sans emballages.

Pour aller encore plus loin, avec le cahier des charges 2021 de la filière REP emballages ménagers, nous avons renforcé les bonus à l’incorporation de plastique recyclé dans les emballages.

Notre objectif : 100 % de plastique recyclé en 2025. Et on en est encore loin…

C’est pourquoi la loi Climat et Résilience prévoit que les emballages en polystyrène qui ne seront pas recyclables seront interdits en 2025.

La stratégie Recyclage du PIA va accompagner cette ambition, en consacrant 60 millions d’euros spécifiquement au recyclage des plastiques, notamment au développement des opportunités offertes par la technologie du recyclage chimique.

Ceci fait écho à la charte d’engagement que m’ont remise en juillet dernier les acteurs de la filière du polystyrène.

Et je sais que ce sont autant de changements, de bouleversements, même, pour les entreprises du secteur.

Mais c’est le gage de l’avenir, la condition de notre succès de demain.

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Alors voilà mesdames et messieurs ce que je voulais dire sur les enjeux de cette stratégie Recyclage.

Oui, nous avons une fenêtre de tir historique pour changer de modèle. Pour préparer l’avenir.

Et l’Etat est pleinement mobilisé, avec vous, pour en saisir toutes les opportunités. Alors ne relâchons pas nos efforts !

Je vous remercie.