Discours de Jean-Baptiste Djebbari au Congrès 2019 de la Fédération Nationale des Transports Routiers (FNTR)

Le Jeudi 26 septembre 2019

Merci monsieur le Président. Mesdames et messieurs les parlementaires, mesdames et messieurs, merci beaucoup de votre accueil.

Avant de commencer vous me permettrez d’avoir, au nom du Gouvernement, une pensée pour M. Jacques CHIRAC, disparu ce jour, dont l’attachement aux territoires, à la ruralité doit résonner positivement j’imagine dans cette enceinte.

Monsieur le Président, vous avez posé beaucoup de questions alors je vais essayer d’y répondre. Je vous remercie d’ores-et-déjà pour vos paroles lucides et cet accueil bienveillant, et j’ai beaucoup aimé ce qui a été dit dans la vidéo sur les valeurs du transport routier, sur le travail, sur l’engagement, sur le professionnalisme, sur la relation clients, des valeurs qui sont évidemment partagées par ce Gouvernement et par une grande majorité des Français.
Je l’ai dit à ceux que j’ai pu rencontrer les semaines passées, Madame BERTHELOT, nous avons cheminé dans nos précédentes fonctions, au gré des discussions, je crois que l’échange franc et sincère est la base de la confiance ; qu’elle ne se décrète pas, qu’elle se construit et je vous dis ma sincérité dans les échanges qui ont eu lieu et dans les échanges qui vont venir. Parfois nous aurons des désaccords mais j’espère que nous cheminerons ensemble vers la voie du consensus.

Vous avez posé beaucoup de questions et vous avez commencé par la transition écologique qui est devenue une préoccupation sociétale majeure, une aspiration de la jeunesse et vous avez raison de dire que le secteur du transport routier fait beaucoup. Je l’ai dit à de nombreuses reprises parce que cela est méconnu et parce que cela me parait essentiel effectivement de ne pas, dans ce combat sociétal, quelque part, pointer du doigt les bons et les méchants. Vous n’êtes pas les méchants et le Gouvernement d’ailleurs non plus Monsieur PIC. Nous avons ici un combat partagé. Vous faites beaucoup pour les carburants propres, les programmes dont vous avez parlé, tels que le programme CO2, sont des succès. Il y a évidemment des éléments de stabilité qui ont été posés par le Gouvernement sur la fiscalité réduite de la TICPE, sur le suramortissement, vous avez évoqué le rapport DAHER / HÉMAR sur la logistique. Vous savez qu’un certain nombre de mesures ont été posées, ont été annoncées par le Premier ministre lundi dernier à Aulnay et seront traduites dans la loi. Nous sommes extrêmement vigilants à poser un cadre de stabilité et de visibilité pour le secteur du transport routier.

Vous avez aussi rappelé qu'il faut faire plus, c'est un point d'accord. Dans les réunions que nous avons eues récemment vous avez émis l'hypothèse de travailler sur cette carte d'achat de carburant détaxé. J'ai eu l'occasion d'en parler la semaine dernière à Gérald DARMANIN qui m'a dit être intéressé pour avancer sur deux options. D'abord, l'option que vous avez citée sur le raccourcissement du délai de remboursement de TICPE, je crois que c'est très important. Cela a été fait pour les agriculteurs sur le GNR, cela a permis de gagner 5 mois (de réduire de 6 mois à 1 mois) et c'est tout à fait considérable pour la trésorerie des entreprises. Donc travailler sur ce plan-là, et puis travailler évidemment sur un système qui permettrait d'avoir au regard des critères écologiques, Euro 6 et plus par exemple, la capacité d'avoir un paiement de TICPE réduite directement à la pompe. Ce sont des beaux objets et nous allons travailler à une mission commune entre l’IGF et le CGEDD très rapidement de manière à vous apporter les éléments de réflexion que vous avez posés.

Vous avez parlé de la loi d'orientation des mobilités qui nous a beaucoup fait discuter pendant très longtemps ; avec beaucoup d'amendements, peut-être trop longtemps, et qui a permis de poser le constat de nos réseaux qui sont vétustes, qui évidemment ont des implications sur la sécurité des transports, de la vétusté d'ailleurs qui a aussi accrédité une forme de recul de l'Etat dans les territoires et qui a, je crois, contribué à ce sentiment d'abandon de certains territoires, de cris qui ont été exprimés à l'occasion de la crise des gilets jaunes. Nous en sommes pleinement conscients et la loi des mobilités a apporté une première série de réponses avec ce plan de régénération routier, avec ce plan de désenclavement des territoires ruraux. C'est encore insuffisant peut-être, mais c'est une base très concrète et solide sur laquelle nous pouvons actuellement avancer.

Il y a ces sujets de financement, nous avons fait des propositions la semaine dernière, vous avez fait des contre-propositions intéressantes avec cette contribution sur les infrastructures. Nous allons continuer à discuter, nous expertisons ces propositions que nous prenons évidemment à la fois très au sérieux et que nous confrontons avec Monsieur le directeur général des infrastructures, des transports et de la mer avec le droit européen, le droit français. Parce qu'il est évidemment important de construire quelque chose qui soit légal tant que faire se peut. Mais nous aurons cette discussion très rapidement et notamment la semaine prochaine quand nous nous reverrons.

Sur la dimension sociale ; nous avons eu l'occasion de discuter avec Muriel PÉNICAUD et Elisabeth BORNE la semaine dernière sur notamment les contrats courts. Vous avez rappelé les éléments d'irritation. Muriel PÉNICAUD a dressé un panorama assez large de la raison qui avait conduit le Gouvernement à proposer ces différentes mesures. Et il est vrai, je dois dire, que vous avez, dans des scénarios, retracé la vie des entreprises sous un angle plus réel que les scénarios que nous avions émis nous-mêmes. Donc merci pour cette contribution utile. Je crois que c'est vraiment comme cela que nous devons pouvoir construire la confiance et échanger des propositions constructives de manière à parvenir à un dispositif qui soit efficace et performant pour tous.

J'ai compris que ce que vous souhaitez c'est de la visibilité et de la stabilité. Vous l'avez répété à plusieurs reprises, c'est ce que nous voulons vous garantir et vous offrir. Le congé de fin d’activité est un sujet éminemment important, nous en avons conscience et nous sommes prêts à vous accompagner dans la révision de ce mécanisme. Nous lancerons à cet égard une mission très prochainement pour vous apporter ces réponses. Dans l'entrejeu, l'Etat maintiendra évidemment son financement ; le financement pour les trois années qui viennent.

Sur les sujets de moyen terme et d'avenir puisque vous avez beaucoup parlé, à la fois de la situation économique qui effectivement voit peut-être au niveau mondial s'opérer un ralentissement. Et vous avez parlé des conditions dans lesquelles vont se dérouler les ruptures technologiques numériques. J'en prends trois : le cotransportage qui est un vrai sujet ; la montée en plateforme de l'intermédiation par des plateformes numériques qui est évidemment un défi et un challenge pour tous ; et puis l'avènement sur un temps moyen des véhicules plus connectés, plus autonomes et je salue ici le travail assez remarquable qu’a mené Anne-Marie IDRAC sur le sujet, qui a été traduit dans la loi d'orientation des mobilités.

Face à ces ruptures d'avenir il y a, à mon sens, deux façons de réagir. Il y a le fait de laisser les choses se dérouler, d'être dans une forme de retrait voire même de déni. Je ne dis pas que c'est le cas mais cela peut être une tentation quand les choses se passent dans la vie économique de façon un peu compliquée. Et il y a une façon plus offensive, plus conquérante de mener ce combat en l'accompagnant fortement, en trouvant les bons objets de régulation. Et l'Etat a beaucoup à faire sur la régulation des plateformes, d'un cadre juridique pour les véhicules autonomes et connectés, et évidemment du cotransportage. Cela a été traduit dans la LOM, nous aurons des ordonnances à discuter prochainement. Sachez que nous sommes pleinement conscients des ruptures et de l'implication que cela a dans la vie de tous les jours. Donc pleinement conscients de l'accompagnement que l'Etat doit vous proposer et de ce qu’il peut construire avec vous.

Vous avez beaucoup parlé d'Europe pour en pointer la difficulté d'avoir un temps de décision accéléré. Vous avez raison de faire ce commentaire. J'ai fait mon premier Conseil des ministres vendredi dernier à Bruxelles. L’Europe fonctionne avec des pays différents, qui ont des intérêts parfois divergents, avec des personnes qui ne parlent pas la même langue et qui agissent ensemble. Mais effectivement cela ne va probablement pas assez vite. Mais je tenais à vous apporter à la fois notre soutien et vous dire notre mobilisation sur le paquet mobilité qui a déjà – et je salue l'action d'Elisabeth BORNE – apporté des mesures et des avancées considérables sur l'encadrement du cabotage, sur l'interdiction du recours en cabine. Vous avez cité votre homologue danois et j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec des ministres des Transports faisant partie de l'alliance des routiers avec mon homologue danois, avec mon homologue suédois avec le ministre allemand également et sachez notre détermination à faire avancer ces sujets. Vous savez que les trilogues vont commencer très prochainement et que c'est évidemment un dossier sur lequel la France veut avancer fortement et c'est même je crois une obligation politique quand on sait que l'Europe, en tout cas l'Europe sociale a du mal à s'incarner dans l'esprit des Français comme une réalité qui protège la France et ses travailleurs. Et c'est donc à la fois un combat personnel mais aussi, je crois, un combat politique collectif extrêmement important.

Vous avez ensuite évoqué la formation et la jeunesse. C'est un vrai combat, nous sommes parfaitement conscients des difficultés à la fois du recrutement, d'attractivité de ces filières et vous avez parlé des initiatives, notamment l’initiative Tremplin qui est menée avec succès mais qui aujourd'hui ne résout pas totalement l'équation d'arriver à la fois à attirer des jeunes et de les garder notamment dans des emplois qui sont territorialement très précisément définis avec des besoins qui sont différenciés. Nous avons dans la loi des mobilités inscrit un certain nombre de mesures notamment pour raccourcir la délivrance des titres de circulation, des permis de conduire pour permettre aux jeunes de 16 ans de commencer à bénéficier d'une conduite poids lourds qui soit encadrée. Ce sont des mesures qui faciliteront l'accès des plus jeunes aux métiers de la conduite poids lourds ou aux métiers du routier au sens général.

Mais je pense que nous devons aller plus loin. Je vous soumets une idée que j'ai depuis quelques jours et que je souhaite challenger avec vous et l'administration : je crois que nous avons, avec le service national universel, une belle opportunité pour une classe d'âge de 800 000 personnes de faire mieux connaître les métiers de la route, d'avoir une exposition et une sensibilisation à ces métiers. Nous avons des outils aujourd'hui fabuleux, des simulateurs de conduite, des choses qui percuteraient très positivement les jeunes et nous devons réfléchir ensemble à trouver les moyens de les amener à ces métiers que parfois ils ne considèrent pas de prime abord ; soit parce qu'ils ne les connaissent pas, soit parce qu'ils leur paraissent compliqués ou contraignants. Il faut arriver à tisser le fil positif vers ces métiers ô combien essentiels et vous l'avez rappelé.

En conclusion, Monsieur le Président pour ne pas être trop long, je veux vous remercier encore de votre accueil, vous dire que nos préoccupations se rejoignent et j’en ai exprimé ici quelques éléments. Vous dire que oui, ce secteur est stratégique pour notre économie, cela va sans dire mais cela va toujours un peu mieux en le disant. Vous dire que le Gouvernement est exigeant notamment en matière de transition écologique, mais qu’il est exigeant et ouvert. Je ne doute pas que nous ferons la démonstration collective que ce ne sont pas des paroles vaines et creuses et que nous trouverons ensemble la voie de la convergence vers les dispositifs utiles aux Français et à votre filière. Je vous remercie.