Discours - Intervention de Mme Barbara Pompili lors de la conférence de presse de rentrée

Le Vendredi 22 janvier 2021

Seul le prononcé fait foi

Bonjour à toutes et à tous,
 
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J’ai lu cette semaine, certainement comme beaucoup d’entre vous, les nombreux hommages publiés suite à la disparition si démoralisante de Jean-Pierre Bacri.
 
J’ai découvert à cette occasion une de ses déclarations, que je voulais partager avec vous :
« Je suis plutôt optimiste. Il y a un homme politique qui a dit : «Je suis optimiste parce que le pessimisme, ça ne sert à rien.» C'est vrai. Anticiper le malheur, c'est le vivre, éventuellement, deux fois. C'est une attitude qui n'est pas très productive. »
 
Alors voilà, au cœur de cette crise inédite, brutale, sidérante que nous traversons, je vous souhaite à tous d’être optimistes pour cette nouvelle année. C’est mon état d’esprit : je suis une éternelle optimiste.

Optimiste non pas pour occulter les épreuves, mais optimiste pour en sortir par le haut. Et parce que le pire n’est jamais sûr !
 
Car pendant cette épreuve, la société continue de bouger et d’aspirer à un autre modèle.
 
Et l’écologie est le cœur de cette transformation.
 
Je crois que, comme moi, vous avez senti cette année que le vent a définitivement tourné...
 
Malgré la pandémie, les confinements, la bataille contre le virus: jamais, jamais, la question écologique n’a disparu de l’actualité et des préoccupations collectives.
 
On l’a vu pendant le premier confinement, avec les réflexions sur le jour d’après. Sur la possibilité… l’envie même, d’un monde plus écologique, plus sobre, plus résilient.
 
On l’a vu, tout au long de l’année, avec le travail de la Convention citoyenne pour le climat. Et là où certains parlaient d’un gadget, les Français se sont passionnés pour cet exercice démocratique inédit.

On l’a vu cette semaine, avec Joe Biden et le retour des Etats-Unis dans l’Accord de Paris qui rouvre une ère de coopération et de progrès.

Et moi je le vois, tous les jours, en feuilletant vos pages, en écoutant vos émissions. L’écologie est en haut de la pile, au cœur de l’opinion. Au cœur de la société. Au cœur de nos vies, personnelles et collectives.
 
L’écologie, aujourd’hui, c’est un motif d’espoir. Et comme le disait la chanteuse Joan Baez, “l’espoir est contagieux, comme le rire”.
 
C’est une perspective de progrès, de changements.
 
Le pays en a besoin de ce remède d’espoir. La planète en a besoin.
 
Alors, cette année, je compte bien continuer à matérialiser cet espoir dans la vie des Français.
 
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Et pour atteindre cet objectif, de grandes batailles s’annoncent.
 
La première qui nous attend, c’est de faire entrer l’écologie au cœur de notre vie démocratique.

Mercredi, le projet de loi visant à inscrire la préservation de la diversité biologique et la lutte contre le dérèglement climatique à l’article 1er de notre Constitution a été présenté en Conseil des ministres.

Nous souhaitons que cet enrichissement de notre socle de valeurs se fasse par référendum.

Ce serait le formidable aboutissement de l'expérience démocratique unique que représente la convention.

C’est un engagement du Président de la République, et je compte bien tout faire pour qu’il arrive à bon port.

Je crois que les Français sont prêts à s’emparer démocratiquement de la question écologique. Les étapes à franchir sont nombreuses, mais je suis confiante : la mobilisation sera au rendez-vous.

Chaque génération doit se doter de normes adaptées aux enjeux de son temps. Notre Constitution gagnera en force et en précision en introduisant explicitement les questions climatiques et de biodiversité en son sein. Par répercussion c’est l’ensemble de nos lois, de notre droit, de nos normes qui se verdira encore davantage.

Un référendum sur ce texte, c’est également l’opportunité d’un débat national pour mieux nous rassembler, au-delà des clivages politiques, pour dire un grand oui à l’écologie.

Je ne doute pas que chacun adhérera à cette très belle ambition.
 
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L’autre grande tâche qui attend ce ministère, c’est bien sûr le projet de loi climat et résilience - car c’est son nom - qui sera présenté en Conseil des ministres le 10 février.

Ici il ne s’agit pas seulement de faire entrer l’écologie dans la vie démocratique, mais dans la vie tout court, dans ce qu’elle a de plus ordinaire.

Ecoles, services publics, urbanisme, produits de consommation, justice, entreprises… c’est le cœur du modèle français, nos structures et notre culture, que nous transformons.

L’ambition de ce texte, c’est d’enclencher, dans tous les domaines, tous les secteurs, les ruptures qui feront de la société française une société écologique.

Et je vais prendre un seul exemple très concret qui résume bien la philosophie de ce texte.

En France, depuis des années, nous avons cédé à la facilité de l’étalement urbain. L’idée, qu’au fond, on peut toujours engloutir des espaces naturels à l’infini, bétonner les terres agricoles, autant d’espaces “vides” en attente de construction humaine.

Je n’ai pas besoin de vous redire, les conséquences de ce modèle pour l’environnement, les inondations, le climat, la santé humaine, entre autres...  

Avec cette loi, nous renversons ce modèle. En intégrant dans les textes d’urbanisme locaux une division par deux du rythme d’artificialisation dans les 10 ans à venir et en interdisant la construction de zones commerciales en périphérie des villes sur des terrains non-artificialisées.

C’est de l’écologie concrète. Car lutter contre l’artificialisation, c’est non seulement protéger la biodiversité, mais c’est aussi lutter contre la dépendance à la voiture individuelle, contre la multiplication de zones pavillonnaires sans commerces, sans services publics, loin de tout… et le sentiment d’abandon, d’oubli qui s’y développe.

Cette logique de bascule de changement de modèle, c’est la philosophie de ce texte.
Avec cette loi, nous mettons fin aux publicités sur les énergies fossiles et engageons la réforme écologique du secteur.

Avec cette loi, nous allons apporter une information écologique fiable aux consommateurs grâce à l’affichage environnemental, grâce auquel on pourra voir l’impact climat de chaque bien et service.

Avec cette loi, nous généralisons l’éducation à l’environnement.

Avec cette loi, nous favorisons le train par rapport aux vols domestiques.

Avec cette loi, nous accélérons la sortie du marché des voitures les plus polluantes. Nous repensons l’organisation des villes et luttons contre la pollution de l’air avec la mise en place des Zones à faibles émissions.
Bref : cette loi nous met définitivement sur les rails pour remporter le combat climatique.
 
 
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Mener cette bataille, cela demande aussi des moyens pour investir et pour accompagner les ménages dans leur transition. Parce qu’on ne réussira qu’avec tout le monde à bord. Sans laisser personne sur le bord du chemin.
 
Avec le plan France Relance, les moyens sont là. Ils se déploient vite pour produire des résultats tangibles, palpables.

Je vais prendre un exemple : le soutien à l’achat de véhicules moins polluants.
Aujourd’hui, avec les bonus que nous avons mis en place, la dynamique est enclenchée : la France va changer de voiture !

En un an à peine, la part de marché des véhicules électriques a triplé. Celle des hybrides rechargeables a été multipliée par 5. Il y a aujourd’hui dans notre pays 4 200 bornes publiques de recharge de plus que l’année dernière.
 
C’est la preuve que quelque chose de très profond est à l’œuvre. La relance est l’étincelle qui déclenche la transformation écologique de notre économie.

Et ce constat, je le fais dans tous les domaines.

Dans la rénovation des logements : en un an, nous avons enregistré plus de 190 000 demandes de MaPrimeRénov’ et engagé près de 570 millions d’euros d’aides publiques sur ce dispositif. Le lancement du plan de relance en septembre a conduit à tripler le nombre de demandes mensuelles.

Et cette année nous allons aller beaucoup plus loin… Avec l’ouverture de MaPrimeRénov’ à tous, sans condition de revenus, nous avons l’ambition de rénover entre 4 et 500 000 logements par an.
 
Ce constat, je le fais aussi dans la reconquête de notre outil industriel et la bataille pour l’emploi.

Pour chaque euro dépensé dans la décarbonation de l’industrie grâce à France Relance, 4 euros d’investissements privés se déclenchent.

Pour faire de la France une grande nation de l’hydrogène, 7 milliards sont sur la table d’ici 10 ans, dont 2 d’ici 2022. Et déjà, des dizaines de projets d’avenir ont émergé.

Longtemps, l’écologie a été le parent pauvre du budget de l’Etat. Avec un plan de relance à 30 milliards d’euros et une augmentation de plus d’un milliard d’euros annuels consacré au développement des énergies renouvelables, cette ère est révolue.

Pour mettre en œuvre ce plan, 2021 marquera aussi un tournant dans la manière d’appréhender l’écologie territoriale, avec la mise en place des Contrats de Relance et de Transition Ecologique.

Depuis le lancement du dispositif fin novembre, nous avons déjà 600 groupements de communes qui ont signalé leur volonté de s'engager dans des projets de territoires communs, tournés vers l'écologie. Nous les accompagnerons.

Ces projets peuvent être de toute nature, comme par exemple dans le Pays Vendômois, où la mobilisation d’un lycée professionnel et des entreprises locales a permis de créer une filière dédiée au véhicule électrique.

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Ce changement de modèle dont je vous parle, c’est aussi la lutte contre
toutes les formes de gaspillage de nos ressources.

C’est le sens de la loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire, votée l’année dernière et dont les premiers effets se sont concrétisés dès ce 1er janvier 2021.

Désormais, en France, il est interdit de mettre sur le marché certains objets en plastique à usage unique, comme les couverts, les couvercles de boissons, les pailles, les tiges à ballons, et les boîtes à kebab en polystyrène expansé.

Désormais, en France, les smartphones, ordinateurs, télévisions, lave-linges et tondeuses électriques, vont avoir un indice de réparabilité pour nous guider dans nos choix, vers les produits les plus facilement réparables.

Et l’agenda sera riche en 2021, avec notamment la création d’une filière pollueurs-payeurs pour les mégots de cigarettes, le développement de la vente en vrac, et une feuille de route interministérielle sur l’impact environnemental du numérique.

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Ce nouveau modèle, c’est aussi un changement profond de notre rapport le plus direct à la nature, au vivant.
 
Une nouvelle ère dans notre rapport aux animaux est en train de s’ouvrir. La société les considère de moins en moins comme des objets dont nous disposons, mais comme des êtres sensibles que nous devons respecter.

J’ai pris pour ma part des décisions concernant la faune sauvage captive : fauves, éléphants, singes, dauphins ou encore visons, nous ne pouvons simplement plus accepter des conditions de captivité ou d’itinérance incompatibles avec leur bien-être.

Nous traduirons concrètement ces décisions, en concertation avec les professionnels et avec d’autres ministères, au cours de cette année 2021. Nous mettrons en consultation dès ce printemps les décrets d’application des annonces faites pour les élevages de vison et les delphinariums.

Seront également en consultation les textes précisant les espèces concernées par les mesures d’interdiction dans les cirques itinérants et leurs dates de mise en œuvre pour une publication de l’ensemble après l’été.

Ce débat s’invite en ce moment même à l’Assemblée nationale. C’est une bonne chose que les parlementaires se saisissent de ce thème en discutant d’une proposition de loi. Le Gouvernement fera évidemment part de son avis, mais je suis très respectueuse du travail des députés et il faut qu’ils puissent proposer ce qui leur semble utile sur ce sujet.
 
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Bien sûr, ce combat écologique, la France ne peut le remporter seule.

C’est l’humanité qui est condamnée à réussir.

2021 signe le retour d’un allié de poids avec le retour des Etats-Unis dans l’Accord de Paris.

Mais, nous n’avons pas attendu le 20 janvier et l’investiture de Joe Biden pour agir, mobiliser, remobiliser, l’ensemble de la communauté internationale.

Depuis 4 ans et l’élection de Donald Trump, la France a été la gardienne du temple. C’est par la mobilisation d’Emmanuel Macron et d’autres pays ambitieux que l’esprit de l’Accord de Paris a perduré au sein de la communauté internationale.

Et ce travail sans relâche porte ses fruits.

Je vais prendre un seul exemple : en décembre dernier nous avons fait date 5 ans après la COP21.

Le sommet de l’Ambition climatique, co-organisé par la France avec l’ONU et le Royaume-Uni, a permis de relancer la dynamique mondiale en faveur de rehaussements des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Aujourd’hui, des pays représentant ensemble environ 65 % des émissions mondiales de CO2 et 70 % de l’économie mondiale se sont engagés à parvenir à zéro émission nette ou à la neutralité carbone.
L’Europe s’est distinguée en s’engageant à réduire d’au moins 55 % ses émissions à l’horizon 2030 par rapport à la référence de 1990.

Ce volontarisme est à l’image d’une Europe devenue une puissance écologique avec le pacte Vert ou le projet de mécanisme d’inclusion carbone aux frontières. Nous amplifierons cette dynamique lors de la présidence française de l’Union au premier semestre 2022  que nous allons préparer cette année.

Et si, crise sanitaire oblige, 2020 n’a pas été la grande année diplomatique dédiée à la biodiversité que nous espérions, nous sommes repartis sur de bonnes bases avec le One Planet Summit qui a été organisé avec le Président de la République ce mois-ci.

Placer 30% de la planète en espaces protégés, c’est l’ambition que la France portera en septembre au Congrès mondial de la Nature à Marseille. Puis en Chine, pour la COP 15 à Kunming, pour protéger la biodiversité mondiale.

C’est cette même voix, cette même ambition, que je porterai aussi pour accélérer la lutte contre le réchauffement climatique lors de la COP26 à Glasgow.

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Alors, voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire ce matin.
 
La tâche est immense, mais demain comme hier, je suis  déterminée à réussir cette grande transformation dont notre pays a besoin.
 
Je vous remercie et suis prête à répondre à vos questions.