Congrès mondial de la nature de l'UICN : Intervention de Barbara Pompili au Sommet de la jeunesse

Le Vendredi 3 septembre 2021

Seul le prononcé fait foi

 

Bonjour à toutes et à tous,

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Permettez-moi d’abord un mot pour saluer les organisateurs du congrès de l’UICN, qui ont réussi à nous rassembler aujourd’hui, en dépit de la crise sanitaire qui continue malheureusement de faire rage dans le monde entier. 

Je suis très heureuse d’être parmi vous pour ce Sommet de la jeunesse. Et ce n’est pas une basique formule de politesse, je suis sincèrement heureuse de partager ce moment avec des jeunes engagés pour la nature. 

A vrai dire, la mobilisation croissante des jeunes pour le climat et l’environnement est une des seules choses qui me rassure dans notre monde profondément anxiogène. 

Heureuse donc d’ouvrir ce sommet de la jeunesse, et sans doute aussi un peu nostalgique. Nostalgique d’une époque où j’étais moi-même une jeune militante écologiste de 20 ans. 
Malgré le niveau de conscience qui était déjà le nôtre, nous pouvions encore nous permettre d’être relativement insouciants. Nous avions encore du temps pour agir. 

Je mesure combien les choses ont changées, et combien votre connaissance fine des phénomènes qui nous préoccupent et le niveau d’urgence qui s’est fortement aggravé, doivent être difficiles à porter pour votre génération.   

J’ai moi-même une fille de 17 ans et je me dis souvent qu’il est profondément injuste qu’elle ait déjà du connaitre les angoisses et les restrictions de libertés liées à la pandémie mondiale qui sévit depuis bientôt deux ans.

Profondément injuste aussi qu’elle hérite d’une planète si dégradée qu’elle pourrait ne plus offrir les conditions nécessaires à la survie de l’espèce humaine. 

J’entends souvent dire que cette nouvelle génération est plus sensible, mieux formée aux enjeux du climat et de la biodiversité, et qu’alors c’est d’elle que viendra le salut. 

C’est en vérité terriblement cynique et je ne me résous pas à cette manière de se défausser sur votre génération. 

Les plus grands scientifiques du monde l’ont encore rappelé cet été à travers le nouveau rapport du GIEC : ce sont les décisions que nous prenons aujourd’hui qui seront absolument décisives. Dans seulement dix ans, il sera trop tard pour éviter les conséquences dramatiques du dérèglement climatique et de l’extinction de la biodiversité. 

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Ce refus de la fatalité, c’est ce qui m’a poussé à m’engager en politique. 

Je sais les réserves, voire l’animosité que les jeunes entretiennent à l’égard du monde politique. Et je peux comprendre cette colère quand vous voyez que les choses ne vont pas assez vite, que les bonnes décisions ne sont pas toujours prises. 

Vous vous dites que les grandes personnes devraient être plus responsables. Et d’une certaine manière c’est vrai.

Mais la politique c’est gérer les contraintes d’un monde imparfait. Et je peux vous assurer que c’est un combat quotidien, pas toujours gratifiant même quand on fait concrètement avancer les choses. 

En France, nous venons de fermer les quatre dernières centrales à charbon du pays. Pour chacune, c’est l’équivalent des émissions annuelles d’un million de voitures qui sont évitées. 

Mais ce sont aussi des centaines d’emplois qui disparaissent. Au Havre, dans le Nord de la France, une centrale à charbon a fermé et une grande usine de construction d’éoliennes off-shore va ouvrir d’ici peu. 

Malheureusement, on n’a pas toujours une si belle histoire à raconter. Dans certains territoires industriels déjà fortement touchés par le chômage et la précarité, quand la centrale ferme, il n’y a rien d’autre. 

En France, nous accélérons aussi fortement sur le développement des énergies renouvelables. 

Nous investissons pas moins de 7 milliards d’euros par an pour rattraper le retard pris par nos prédécesseurs. Notre électricité est pourtant parmi les plus décarbonées au monde. 

Mais nous le faisons pour préparer l’avenir parce que nous savons que la clé de la transition c’est de disposer d’une énergie décarbonée et bon marché. 

Notre objectif, c’est de doubler le nombre d’éoliennes terrestres d’ici 2028. Et pourtant dès aujourd’hui, des citoyens manifestent, font des pétitions et des recours juridiques contre ce qu’ils estiment être une atteinte insupportable aux paysages français. 

Je pourrais multiplier les exemples, évoquer les zones à faibles émissions que nous généralisons et qui vont exclure des villes les voitures les plus polluantes et peuvent créer des inquiétudes chez les automobilistes malgré les aides mises en place pour acheter un modèle électrique ou pour passer au vélo, aux transports en commun. 

Ce que je veux vous dire c’est que maintenant que nous entrons dans le dur de la transition écologique, nous bousculons les équilibres établis, nous touchons aux modes de vie des gens. 

Vous me direz pas assez fort et pas assez vite… Il peut m’arriver aussi de partager ce sentiment. 

Mais n’oublions jamais que les transformations à réaliser, si nécessaires et radicales soient elles, doivent toujours s’inscrire dans un cadre démocratique. 

Et cela veut dire composer, convaincre, accompagner les changements, préserver les plus fragiles. Ce n’est pas du temps perdu, bien au contraire.  

Lorsqu’en France l’augmentation de la taxe carbone a contribué à former le mouvement des « gilets jaunes », on a certainement perdu beaucoup de temps sur ce sujet pourtant essentiel.

Alors oui, l’action politique, ce n’est peut-être plus à la mode, ça procure beaucoup de critiques et peu de lauriers. Mais cela reste absolument nécessaire 

Et je veux vous dire que parmi ceux qui exercent des responsabilités politiques, il existe des femmes et des hommes sincères, qui ne renient rien de leurs convictions. 

Comme moi, ils savent que la transition écologique est un marathon où chaque kilomètre compte.

Comme moi, ils se lèvent chaque jour en sachant que pour un arbitrage gagné, plusieurs peuvent être perdus.  

Et comme moi, ils se couchent pour quelques heures en ayant le vertige face à ce qui reste à faire. Mais ils persévèrent. 

Alors à tous, je vous invite à vous saisir de ces responsabilités. 
La planète a besoin de votre énergie, de votre sincérité et de votre courage. 

Nous avons collectivement besoin de votre capacité à vous affranchir des cadres et des carcans. Nous avons besoin de votre capacité à rêver, à rêver d’un monde où la nature reprend sa place, un monde où les hommes ont enfin compris qu’ils étaient indissociables d’un tout. 

Je vous remercie.