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Évaluation, recherche et prospective


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Utilisation de l’agriculture biologique pour la qualité de l’eau ( Lettre Evaluation - juillet 2005)

Créé le 8 juillet 2005
Actualisé le 4 juin 2007

Article paru dans la Lettre Evaluation du mois de juillet 2005

(exemple de la ville de Munich)

L’expérience de la ville de Munich est exemplaire en matière de gestion de l’eau : Munich et les communes environnantes sont approvisionnées depuis plus d’un siècle par une eau pure non traitée. Le taux de nitrates n’a jamais dépassé 15mg/l. Les mesures écologiques de ces dernières années ont permis d’abaisser ce taux à 8mg/l.

Contexte

Les installations d’alimentation en eau potable de Munich datent de 1883, lorsqu’un médecin munichois pré-conisa pour des raisons de santé et d’hygiène d’exploiter des ressources en eau extérieures à l’agglomération pour éviter les contaminations par les rejets domestiques. Le premier site choisi fût la vallée de Mangfall, puis deux autres zones s’y ajoutèrent : la Vallée de Schotte Rebene et la vallée de Loisach.

Actuellement, la vallée de Mangfall reste la zone d’alimentation principale. Elle fournit près de 80 % de la quantité d’eau nécessaire aux habitants de la ville (2 millions d’habitants), évaluée à 110 millions de m3 d’eau par an, soit 50 m3/an/habitant tout usage confondu.

Utilisation de l’agriculture biologique pour le maintien de la qualité de l’eau

Le Projet : dans les années 1970, les analyses qualitatives des eaux révèlent une croissance des taux de nitrates et de pesticides. De 1974 à 1992, la teneur en nitrates est multipliée par 2,5 évoluant de 6 mg/l à 15 mg/l, soit un taux de croissance d’environ 5% par an.

Bien que le taux de nitrates soit largement inférieur à la limite de 50 mg/l, la Stadtwerke (groupe de gestion des eaux) décide de mettre en place un programme basé sur l’agriculture biologique pour prévenir la dégradation de la qualité de l’eau.

Un périmètre de protection rapproché couvrant 6000 ha est défini, en tenant compte du temps de transfert de l’eau tombant à la surface du sol jusqu’à l’ouvrage de prélèvement.

La Stadtwerke démarche auprès des agriculteurs compris dans ce périmètre. En accord avec les associations de producteurs elle décide d’inciter financièrement les agriculteurs pour une conversion à l’agriculture biologique sous la forme d’une contractualisation.

Les contrats : ils sont proposés sur 6 ans sur la base d’une aide financière de 280 €/ha/an. Cette aide correspond à la différence entre le coût de production biologique et le coût de production conventionnelle.

Un premier bilan effectué à l’issue de ces 6 ans montre d’importantes distorsions entre agricultures conven-tionnelles et biologiques. Une aide sur 18 ans est alors proposée qui se décline de la façon suivante : 280 €/ha/an les 6 premières années et 230 €/ha/an, les 12 années suivantes. A ce montant s’ajoute l’aide à la conversion allouée par l’Etat allemand de 250 €/ha. Un agriculteur biologique de la vallée de Mangfall touche donc : 530 €/ha les 6 premières années et 230 €/ha par la suite.

En contre partie, les agriculteurs doivent respecter le cahier des charges de l’association de producteurs à laquelle ils sont adhérents, ainsi que différentes pratiques spécifiques à la protection de l’eau (interdiction de sols nus en hiver, interdiction de la monoculture de légumineuses, interdiction d’épandage de fertilisants liquides...). Ces pratiques s’appliquent à l’ensemble de l’exploitation.

Les cahiers des charges des associations de producteurs reprennent la base du règlement Union européenne sur l’agriculture biologique et vont souvent plus loin : Naturland oblige par exemple les exploitants à engager toute la surface en agriculture biologique, à limiter le chargement à 1,5 UGB/ha et à ne pas utiliser les lisiers provenant d’une autre exploitation.

Le rôle des associations de producteurs : les associations de producteurs apportent aux agriculteurs le conseil technique, l’accompagnement, et l’aide à la commercialisation.

Le contrôle du cahier des charges est effectué via les associations par les organismes de certification. Le coût du contrôle est pris en charge par les exploitants. Il s’agit du contrôle classique de l’agriculture biologique aboutissant à la délivrance de la certification des produits en bio.

Les principaux produits sortant de la Vallée sont le lait, la viande et les légumes.
La commercialisation des produits repose sur les associations de producteurs qui connaissent les volumes et les types de produits disponibles, et renseignent les acheteurs. Les produits sont commercialisés sur Munich et dans la région de la Vallée. Les Munichois figurent parmi les Allemands les plus consommateurs de produits biologiques : 20 % en consomment régulièrement, du fait notamment d’un niveau de vie plus élevé comparativement aux autres régions.

Résultats

Actuellement, 110 agriculteurs biologiques sont sous contrat avec la StadtWerke. Sur les 6050 hectares de la zone « d’influence » : 2900 ha sont boisés ; 850 ha en habitation ; 2000 ha sont exploités en agriculture biologique, soit 82% de la SAU du périmètre d’influence ; 450 ha sont encore cultivés en conventionnel, soit 18% du périmètre d’influence. Avec les contrats liés aux agriculteurs frontaliers, ce sont 2500 hectares de terres agricoles qui sont sous contrats avec la Stadtwerke.

Les résultats sur la qualité de l’eau ont été constatés dès la première année de mise en œuvre du projet : la tendance à l’augmentation des teneurs en nitrates s’est inversée progressivement entre 1992 et 2004. Les analyses montrent des teneurs en nitrates de 8 mg/l actuellement et aucune trace de pesticides n’est détectée.

Coût de la protection de l’eau : 700 000 €/an pour la StadtWerke Munich. Le coût de la prévention par l’agriculture biologique revient à moins de 0,01 € (0,875 centimes/m3) soit 87,5% du coût total des actions de lutte contre les pollutions. La facturation (eau + assainissement) aux usagers est de 2,73 €/m3 (1,23 €/m3 pour la production et la distribution et 2,5 €/m3 pour l’épuration : la prévention de la pollution (0,01 €/m3) représente donc une part négligeable de la facturation, de l’ordre de 3 %. Le coût de dénitrification d’une eau de plus de 50 mg/l est de l’ordre de 0, 23 €/m3 (0,16 € pour les nitrates et 0,07 € pour les pesticides).

Le succès de cette expérience repose à la fois sur la motivation de la Stadtwerke et sa conviction envers les effets positifs de l’agriculture biologique sur la qualité de l’eau, ainsi que sur la présence d’associations de producteurs organisées, permettant un environnement technique et économique favorable.

En conclusion, on peut relever certains facteurs de réussite du projet à prendre en compte dans la réflexion sur sa reproductibilité :

1- la présence d’une agriculture homogène sur l’ensemble du périmètre de protection, avec un système de production d’élevage herbager plutôt favorable à l’environnement et pour lequel la conversion à l’agriculture biologique est relativement moins contraignante que pour d’autres systèmes de production ( maraîchage, volailles..),
2- la motivation et l’engagement de la Stadtwerke dans l’agriculture biologique,
3- l’existence d’associations de producteurs travaillant en partenariat avec l’état et assurant l’environnement économique et technique favorable,
4- le niveau de l’aide liée à la contractualisation (équivalente à l’aide de l’Etat) et la durée.

C’est la combinaison de ces facteurs qui semble avoir une adhésion forte des agriculteurs au projet, avec une conversion de plus de 80 % des terres du périmètre de protection en agriculture biologique et donc d’obtenir des résultats mesurables sur la qualité de l’eau.

Contact : Christiane ALIBERT




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