VILLES ET DEVELOPPEMENT DURABLE

Des expériences à échanger


30 septembre 2002
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L'histoire des villes durables européennes
Textes de référence
Déclaration de Rio (1992)
Action 21 (1992)
Charte d'Aalborg (1994)
Plan d'action de Lisbonne (1996)
Turku Conference (1998)
Sofia Statement (1998)
Déclaration de Séville (1999)
Appel de Hanovre (2000)

L'histoire des villes durables européennes
I. Le temps des idées et de la réflexion Aalborg, 1994 : première conférence des villes durables européennes

par Nedialka SOUGAREVA et Nathalie HOLEC

 

1.1. Un contexte porteur pour le lancement d'un projet sur les villes durables : 1990-1993

Le lancement du projet " Villes durables " du Groupe d'experts sur l'environnement urbain et la structuration d'un réseau de villes durables européennes s'effectuent dans un contexte européen et mondial particulièrement favorable au développement durable d'une part et aux questions urbaines d'autre part.

S'agissant de la prise en compte du développement durable à l'échelle de l'Union européenne, plusieurs pas ont été franchi au début des années 90.
Le Traité de Maastricht (1992) introduit la promotion du développement durable comme objectif politique majeur, réclame explicitement l'intégration de la protection de l'environnement dans les autres politiques de l'Union et enfin reconnaît le principe de subsidiarité. Le Livre Blanc " Croissance, compétitivité, emploi " de la Commission des Communautés européennes (1993) préconise quant à lui un nouveau modèle de développement basé sur l'amélioration conjointe de l'emploi et de la qualité de vie. Le cinquième programme communautaire de politique et d'action en matière d'environnement de l'Union européenne intitulé " Vers un développement durable " et adopté pour la période 1993-2000 prône la mise en commun et le partage des responsabilités écologiques et donc l'adoption d'une approche ascendante pour réaliser les objectifs de l'écodéveloppement. Le programme LIFE (L'Instrument Financier pour l'Environnement) est l'un des instruments financiers mis au service de cet objectif. Quant aux fonds structurels dont le réglement a été révisé en juillet 1993, leur attribution tient compte désormais du profil environnemental de la région ou de la zone urbaine concernée et de l'impact environnemental du projet à soutenir.

Les questions urbaines ont elles aussi fait l'objet d'un regain d'attention. La Commission européenne et la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail ont par exemple lancé des programmes consacrés aux questions urbaines dès 1989. L'intégration de la dimension urbaine dans la politique d'environnement a pour sa part fait l'objet d'un effort considérable dès le quatrième programme communautaire d'action en matière d'environnement (1987-1992).

Au niveau international, les Nations Unies d'une part et l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques ) d'autre part ont grandement contribué à placer la problématique du développement urbain durable au centre des préoccupations mondiales.
En 1990, le Centre des Nations Unies pour les Etablissements Humains lance son programme " Cités durables " destiné à accroître les capacités de planification et de gestion environnementales des pouvoirs municipaux des pays en voie de développement. A la même époque, les Nations Unies soutiennent la création du Conseil International pour les Initiatives Locales en Environnement (ICLEI), organisme destiné à sensibiliser les collectivités locales de toute la planète à l'environnement et au développement durable et à soutenir la constitution d'un réseau de villes oeuvrant pour le développement durable. L'ICLEI va lancer dès 1991 deux programmes de travail, l'un sur les projets de réduction des émissions de CO2 en milieu urbain et l'autre sur les Agendas 21 locaux.

Deux ans après, en 1992, les Nations Unies organisent la Conférence sur l'environnement et le développement à Rio de Janeiro . Cette conférence marque un tournant dans la mesure où, pour la première fois, les collectivités locales et les ONG (Organisations Non Gouvernementales), dont les réseaux de villes, ont voix au chapitre dans une conférence des Nations ; elles participent notamment à la rédaction du chapitre 28 d'Action 21, communément appelé Agenda 21, qui reconnaît leur rôle clé en matière de développement durable. Elles s'expriment également dans les forums parallèles à la conférence. C'est ainsi que 45 collectivités locales participant au Forum urbain mondial signent " l'engagement de Curitiba " et déclarent ainsi leur volonté de faire de leur ville une ville viable.

L'OCDE s'intéresse aux questions urbaines dès 1986. Le Groupe des affaires urbaines publie en 1990 un rapport intitulé " L'environnement urbain : quelles politiques pour les années 90 ? " qui fait état des conclusions des travaux menés pendant trois ans sur ces questions. Ce ne sont que des travaux préliminaires à la mise en place d'un programme entièrement consacré à " la Ville écologique " sur la période 1993-1996.

L'intérêt que la Commission européenne porte aux questions urbaines et aux questions de durabilité en milieu urbain s'inscrit dans ce mouvement et se nourrit de ses apports. Il a en fait été impulsé par les Nations Unies dans le cadre de la préparation de la conférence de Rio.

1.2. De l'environnement urbain au développement urbain durable : la Commission européenne met en place les conditions d'un développement durable des villes

La voie des villes durables européennes s'ouvre par la publication en juin 1990 du Livre vert sur l'environnement urbain, rapport commandé par Carlo Ripa Di Meana, Commissaire européen pour l'environnement. Le diagnostic urbain, réalisé pour la première fois à l'échelle de la Communauté européenne, met l'accent sur l'existence d'une véritable culture urbaine européenne mais aussi sur le caractère commun des problèmes auxquels les villes sont confrontées. Le rapport souligne donc l'importance d'une coopération et d'un échange d'informations entre villes européennes et invite la Commission à appuyer l'échange d'expériences et les projets de démonstration. Il préconise également d'adopter une conception holistique des problèmes et une méthode intégrée pour les résoudre qui amorcent le passage de la " ville écologique " à la " ville durable ". Enfin, il propose la création d'un groupe d'experts indépendant travaillant sur les questions d'environnement urbain. A la suite de ce rapport, le Conseil européen adopte en janvier 1991 une résolution approuvant les conclusions du Livre vert et la création du groupe d'experts.

Une conférence de lancement du Livre vert, intitulée " l'avenir européen de l'environnement urbain " se tient en avril 1991 à Madrid, suivie d'autres rencontres-débats organisées dans tous les pays de la Communauté par le CCRE (Conseil des Communes et Régions d'Europe), chargé de présenter et de susciter un débat autour de son contenu. Une réunion est ainsi organisée en France à Avignon

C'est dans la mouvance du Livre vert que la Commission européenne crée le Groupe d'experts sur l'environnement urbain sur la base d'un expert par pays et de représentants des différentes institutions européennes patronales, syndicales, universitaires,..... Il a pour mandat initial d'étudier comment prendre en compte la dimension urbaine dans la politique d'environnement de la Communauté. Sa composition étant jugée insuffisante par rapport à la mission qui lui a été confiée, il est rapidement élargi à des représentants de villes et de réseaux de villes et ouvert à des obervateurs tels que l'OCDE, l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), le Conseil de l'Europe, l'Académie européenne de l'environnement urbain,....

C'est dans un contexte plutôt favorable aux collectivités locales, dont le rôle est reconnu dans la mise en oeuvre d'un développement durable à l'échelle globale et locale (Agenda 21 issu de la conférence de Rio),que le Groupe d'experts sur l'environnement urbain lance en 1993 et pour trois ans le projet " Villes durables ", élargissant ainsi son mandat. Cette initiative vise à encourager une réflexion approfondie sur la durabilité dans les agglomérations urbaines européennes, à susciter un vaste échange d'expériences, à faire connaître les meilleures pratiques en matière de durabilité à l'échelon local et à formuler des recommandations destinées à orienter les politiques de l'Union européenne. Plusieurs groupes de travail sont constitués, dans le but de préparer un rapport sur les villes durables européennes.

Un certain nombre de villes ont connaissance de l'existence des travaux du Groupe d'experts sur l'environnement urbain. Très intéressées par ce travail, elles proposent d'organiser une rencontre des villes durables européennes, la ville d'Aalborg au Danemark se portant volontaire pour l'accueillir. La première conférence européenne sur les villes durables qui se tient à Aalborg en mai 1994 réunit 67 collectivités locales . Une première version du rapport que prépare le Groupe d'experts est soumise aux participants pour validation.

La conférence d'Aalborg débouche sur la rédaction et la signature par les collectivités locales présentes de la charte d'Aalborg, charte des villes européennes pour un développement durable, marquant leur engagement en faveur de l'établissement d'un programme stratégique local à long terme pour le XXIème siècle, c'est-à-dire un Agenda 21 local. Plus de 200 collectivités locales signent la charte durant les années 1994-1995.

C'est également à Aalborg qu'est lancée la Campagne des villes durables européennes qui se présente comme le réseau fédérant les réseaux de villes. La création de la Campagne est soutenue par la Commission européenne et la DG XI (Direction générale de l'Environnement, de la Sûreté nucléaire et de la Protection civile) qui ont compris l'intérêt d'une approche qui ne soit pas uniquement dictée par les organisations européennes ou internationales mais qui fasse l'objet d'une appropriation par les acteurs locaux, ce qui relève de l'esprit même du développement durable. Par le biais de la Campagne des villes durables européennes, la Commission entend encourager et soutenir les collectivités locales désireuses de se lancer dans un processus Agenda 21 local et ainsi tirer profit des enseignements des expériences de terrain pour orienter sa politique. La Campagne devient d'ailleurs l'un des membres du Groupe d'experts et alimente ainsi ses réflexions.

La Campagne est coordonnée par 5 réseaux de villes : le CCRE, l'ICLEI, Eurocités, le réseau des villes-santé de l'OMS et la Fédération Mondiale des Cités Unies (FMCU). Ces associations de villes ont en fait été mobilisées sur le développement durable par la Commission des Nations Unies dans le cadre de la préparation et de la tenue de la conférence de Rio. Cette mobilisation correspond au souci de la Commission d'ancrer la démarche " développement durable " à un niveau local.
L'objectif que se fixe la Campagne des villes durables européennes est de créer et d'animer un réseau de villes durables européennes. L'une de ces activités consiste à éditer périodiquement un bulletin d'information à destination des villes ou organismes intéressés par la démarche Agenda 21 local.

Le bilan de la conférence d'Aalborg est donc plutôt positif. La charte des villes durables européennes se révèle être une initiative intéressante malgré son caractère un peu rigide qui explique, à l'époque, le faible engagement des pays du Sud de l'Europe. La signature de la charte relève d'une démarche volontaire ; c'est une déclaration d'intention des collectivités locales qui la signent. Le temps de la charte d'Aalborg correspond au temps de la réflexion et des idées, idées qui, à l'époque, ne sont pas communément adoptées. La charte d'Aalborg ne fait notamment pas recette en France, les élus craignant les obligations. Or, la charte laisse une grand liberté d'action aux municipalités et peut, au contraire être source de progrès et d'innovation si la municipalité possède un réel projet de politique urbaine à moyen et long terme.

1.3. La mobilisation s'organise autour des travaux du Groupe d'experts sur l'environnement urbain

En octobre 1994, le Groupe d'experts sur l'environnement urbain remet son premier rapport " Villes durables européennes " à la Commission européenne. Ce rapport affiche clairement des préconisations qui relèvent non plus de l'environnement urbain mais bien de " l'application du concept de durabilité en zone urbaine " . Dans ce rapport, le Groupe d'experts recommande vivement l'élaboration de stratégies de gestion globale pour instaurer la durabilité mais examine l'application de cette démarche dans des domaines politiques clés : l'économie, l'aménagement du territoire, la planification écologique, la mobilité et l'accès et enfin d'autres domaines politiques plus sectoriels. Enfin, le rapport fait certaines recommandations provisoires en matière de politiques relatives à la durabilité dans les villes européennes.

La même année, c'est-à-dire en 1994, la Commission lance, dans le cadre de sa politique régionale, une initiative communautaire qui concerne les zones urbaines : URBAN. Cette initiative vise notamment à accorder un soutien financier à des projets novateurs, conduits dans des quartiers défavorisés et qui entrent dans le cadre de stratégies d'intégration urbaine à long terme. Ce programme constitue un signe supplémentaire de l'intérêt croissant porté par la Commission européenne aux questions urbaines.

A la suite d'Aalborg, les réseaux de villes poursuivent leur travail de mobilisation des collectivités locales principalement sur l'effet de serre et sur les Agendas 21 locaux. L'ICLEI notamment, lance plusieurs campagnes d'Agendas 21 locaux dans différents pays d'Europe ; cela conduit l'association à organiser en partenariat avec la ville de Rome une conférence méditerranéenne sur l'Agenda 21 local à Rome en novembre 1995, présentée comme une contribution de la ville à la Campagne des villes durables européennes. L'objectif de la conférence est d'initier un échange d'idées et d'expériences entre les villes des régions méditerranéennes afin d'encourager le processus Agenda 21 local. La conférence débouche sur " l'appel des villes méditerranéennes en faveur du développement durable ".

Sur le plan politique, les Conseils des ministres de l'environnement et de l'aménagement du territoire qui se tiennent à l'époque à Glasgow et Norwick reprennent les idées défendues par le Groupe d'experts qui préconise une démarche volontaire quant à la mise en place des Agendas 21 locaux. Chaque collectivité locale qui le souhaite peut rejoindre la Campagne des villes durables européennes en signant la charte d'Aalborg soit parce qu'elle adhère aux idées, soit parce qu'elle souhaite simplement s'informer, observer ou échanger. Les experts cherchent avant tout à encourager l'échange d'expériences et les bonnes pratiques.



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