Créé le 9 mars 2006
Actualisé le 9 mai 2007

© L. Mignaux - Medd
Depuis quelques années, on assiste à une baisse progressive de la fertilité masculine dans plusieurs régions industrialisées : certains chercheurs évoquent une diminution du nombre de spermatozoïdes de 50 % en moyenne. Cette diminution est hétérogène sur le territoire ce qui suggère une cause environnementale : la présence dans l’environnement de certaines substances chimiques pourrait perturber soit le métabolisme des androgènes, soit celui des estrogènes.
Des chercheurs américains ont étudié, chez les souris, l’effet d’une exposition à des doses relativement élevées de vinclozoline (un anti-androgène) ou de methoxichlor (un mimétique d’estrogène), deux pesticides utilisés en agriculture. Les femelles gestantes étaient exposées pendant une « fenêtre de temps » correspondant à la genèse des cellules germinales. Parmi leur progéniture, certains mâles présentent une baisse de la qualité de leur sperme (augmentation du taux d’apoptose des cellules spermatiques, diminution du nombre et de la mobilité des spermatozoïdes circulants). Cet effet est maintenu dans la descendance de ces mâles y compris à la quatrième génération qui est la dernière étudiée. Le croisement d’un descendant mâle avec une femelle de type sauvage fournit une progéniture également altérée, en revanche une femelle d’ascendant exposé croisée avec un mâle sauvage donne naissance à des souris normales.
Le taux de mâles présentant les anomalies est de 90%, toutes générations confondues, et cela ne diminue pas avec les croisements. Les auteurs de la recherche penchent pour une modification épigénétique de l’ADN en rapport avec l’empreinte parentale. Plus précisément, ils émettent l’hypothèse d’un dysfonctionnement de la méthylation/déméthylation de l’ADN, au moment de la formation des cellules germinales.
Il est certes difficile de conclure trop hâtivement qu’il s’agit là du mécanisme impliqué dans l’émergence des problèmes de reproduction masculine. Il convient également d’insister sur le fait que les doses et la voie d’exposition n’ont aucune réalité environnementale. Cependant l’intérêt de cette découverte tient au fait qu’un mécanisme jusqu’alors insoupçonné puisse être responsable de phénomènes toxiques chez des individus non exposés eux-mêmes. Il sera intéressant d’observer si de tels travaux toxicologiques sont confirmés et si des investigations épidémiologiques prenant en compte des expositions d’ascendants détectent de tels effets dans des populations humaines.
Le comité de la prévention et de la précaution avait attiré l’attention sur les risques liés à l’utilisation de substances comme le vinclozoline ou le methoxychlor. En réponse à ces interrogations et en application du principe de précaution, le ministère a lancé un programme de recherche sur les perturbateurs endocriniens.
Principale référence :
Matthew D. ANWAY et al., « Epigenetic Transgenerational Actions of Endocrine Disruptors and Male Fertility », Science, June 2005, 308, 1466-1469
Contact : Éric VINDIMIAN